Aller au contenu principal
Image

Elan… vers Noël

Image

Chauffage des temples pour le culte – en chemin vers davantage de sobriété énergétique

Article paru dans le courrier du Val-de-Travers jeudi 1er décembre 2022

Image

Annonces paroissiales

1er Avent – Vivons dans la lumière de la loi de l’amour, prédication de David Allisson

Image par Florii_N de Pixabay 

Lien pour télécharger les textes du culte

Culte des samedi 26 novembre 2022 à Môtiers et dimanche 27 novembre à La Côte-aux-Fées

Lectures bibliques

Esaïe 2,1-5
Romains 13,11-14
Matthieu 24,36-44

Vivons dans la lumière de la loi de l’amour

prédication par David Allisson

« Vous connaissez le temps où nous sommes » (Rm 13,11)

Il est temps.

Ce temps évoqué par l’apôtre Paul, c’est le kairos, ce temps souvent nommé dans le Nouveau Testament. C’est le temps attendu, le temps propice, le moment opportun pour la réalisation de quelque chose. Dans le Nouveau Testament, ce mot désigne le moment décisif où le salut se manifeste et où l’être humain est appelé à l’accueillir.

Parce que c’est le moment favorable, il est temps de sortir du sommeil, de se réveiller. Ce mot de se réveiller, ou sortir du sommeil, c’est le même que pour parler de l’acte de ressusciter !

Nous voici donc invités à une vie que même la mort ne met pas en péril. Nous entrons dans une lumière qu’aucune obscurité ne vient menacer.

Selon Paul, cela implique pour les chrétiens d’être vigilants sur leur comportement. Il le dit avec ses mots à lui :

« Ne vous laissez pas entraîner vers le mal par vos mauvais désirs. » (Rm 13,14)

En le transposant dans un langage plus proche de nos préoccupations d’aujourd’hui, mais en gardant le fond de sa pensée, on pourrait dire : le Christ vous libère de vos angoisses humaines !

Si le Christ était déjà revenu, nous n’aurions pas besoin de nous demander comment faire pour combler les déficits des budgets d’église et régler nos difficultés de communication ou de collaboration. Nous n’aurions pas besoin de nous préoccuper de l’entretien des bâtiments et de tous ces soucis concrets, peut-être.

Mais il n’est pas encore revenu et comme le dit l’apôtre, nous sommes en train de vivre le bon moment : « vous connaissez le temps où nous sommes : c’est le moment de sortir de votre sommeil ! En effet, quand nous avons cru au Christ, le salut était encore loin, maintenant, il est plus près de nous. » (Rm 13,11)

Alors, que faisons-nous de ce temps présent, de ce moment favorable ?

Sortons du sommeil. Vivons à la lumière.

Le sommeil, c’est la mort. C’est l’aveuglement spirituel.

La lumière, c’est reconnaître le moment du salut. C’est reconnaître dans la croix du Christ la présence de Dieu.

D’accord, il fait encore sombre. D’accord, le monde semble encore plongé dans l’obscurité. C’était déjà comme ça au moment où Paul a écrit. Voici ce qu’il dit :

« La nuit est bientôt finie, le jour va se lever » (Rm 13,12).

La nuit est encore là. Mais le jour s’approche. Les angoisses de notre monde font encore sentir leurs effets. Mais la promesse de la présence de Dieu est la plus forte. L’apparition de la lumière ne sera pas empêchée.

On ne sait pas si c’est encore la fin de la nuit ou si c’est déjà l’aube. Pourtant, tout est déjà orienté vers la lumière et nous sommes appelés à nous mettre en disposition de vivre dans cette lumière !

Nous sommes donc appelés à la vie et à être en présence de Dieu !

Pour Paul, s’abandonner aux mauvais désirs, c’est vivre dans l’angoisse de sa fragilité. Ces mauvaises actions commises pendant la nuit, c’est l’illusion de fuir cette fragilité.

Invitant les chrétiens à revêtir le Christ, à être semblables à lui, Paul leur rappelle que la foi leur offre la possibilité d’assumer leur fragilité en s’habillant de la grâce de Dieu.

L’espérance et l’éthique sont étroitement liées. La promesse de la vie dans la lumière de Dieu est accompagnée de la responsabilité confiée aux croyants de vivre comme Dieu le demande.

Il y a une tension entre le présent et l’avenir : le jour se fait attendre et, en même temps, il est déjà là. Cette tension entre le présent et l’avenir offre l’occasion d’un regard nouveau sur le présent.

L’avenir du retour du Christ est enraciné dans le passé de la mort et de la résurrection du Christ. Cet avenir est à vivre au présent de la promesse de Dieu : il est présent et cette présence est appelée à se marquer encore plus à l’avenir.

Cette promesse se cache dans l’avenir, si souvent angoissant d’un point de vue humain, et a déjà laissé percer ses rayons dans le passé de chaque croyant.

Ni nos efforts, ni notre comportement éthique ne peuvent réaliser le temps de la présence définitive de Dieu. Pourtant, nos efforts et nos comportements ont une importance essentielle : ils reflètent la lumière de ce temps de la présence accomplie de Dieu.

Nous vivons, grâce à la mort et la résurrection du Christ, sous une loi nouvelle : la loi du service et de l’amour.

Aujourd’hui où la fragilité humaine est soulignée par les catastrophes écologiques, le choc des civilisations, les conflits armés, la fin de l’Etat social, le chômage, le vieillissement de la population, certains nous annoncent la fin de l’humanité pour cet après-midi.

Pourtant, l’espérance ouverte par le Christ nous demande de revêtir le Christ, de vivre sous cette loi du service et de l’amour. Comme le laissait entendre Dietrich Bonhoeffer, « être chrétien, c’est être Christ pour les autres ».

Une opinion largement répandue, c’est qu’aujourd’hui le monde va mal. Notre avenir est incertain, et nous nous demandons si nos enfants en auront un. Notre planète est malade, la pollution a atteint des seuils limites. L’économie est en crise, le chômage progresse, les partis d’extrême droite ont la cote. Les guerres prennent des dimensions toujours plus inquiétantes et les armes nucléaires prolifèrent. Et ne parlons pas de terrorisme ! Il y a de quoi être pessimiste sur l’état du monde.

Face à ces scénarios catastrophes, Paul tient un langage qui va à contre-courant. A la nuit succédera le jour. L’avenir qui nous attend est celui de la présence de Dieu. Pourtant, ce n’est pas un optimisme naïf, celui de l’apôtre Paul : il discerne la nuit, et il sait que nous y sommes encore. Seulement, il a foi en un Dieu qui nous aime et qui nous arrachera des ténèbres dans lesquelles notre monde semble s’engouffrer. Il perçoit d’ailleurs déjà les premiers rayons d’un jour nouveau. Jésus Christ a été le premier rayon de ce jour. Il a déjà commencé à briller dans notre vie quand nous l’avons choisi comme Seigneur, même si nous vivons dans un monde où il fait encore sombre.

Revêtez les armes de la lumière.

Revêtez le Christ.

Revêtons les armes de la lumière.

Revêtons le Christ, soyons semblables à lui.

Vivons pleinement et joyeusement sous cette loi nouvelle, inaugurée par le Christ. Vivons sous cette loi nouvelle du service et de l’amour.

Amen.

Image

Invitation à préparer les fêtes de Noël avec les enfants

Image

Annonces paroissales

Fête du Christ-Roi

Dimanche 20 novembre 2022 – temple de Travers

Prédication de René Perret

Prière de louange

Ton Royaume n’est pas de ce monde, Seigneur Jésus,

Puisque tu portes ce monde sur tes épaules,

Comme un berger sa brebis perdue.

Point de sceptre par quoi tu domines, sinon ta croix,

Point d’autre force sinon ta miséricorde :

L’amour vainqueur, ton unique droit.

Tu nous offres ta vie en échange de notre mort,

Car ta puissance veut rendre l’homme à lui-même,

Et l’arracher au joug du remords.

Ton Royaume déjà nous habite, Seigneur Jésus ;

Sur ta parole, en nous l’enfant ressuscite,

Tu le recrées presque à notre insu.

Toute chose en toi s’achemine vers sa beauté ;

Encore fragile, la joie effleure la terre :

Proche est le ciel, proche sa clarté.

Alléluia ! Amen.

Lectures bibliques:

Colossiens 1,12-20

Avec joie, remerciez le Père : il vous a rendus capables de recevoir les biens qu’il garde pour ceux qui lui appartiennent dans le royaume de la lumière. Il nous a arrachés au pouvoir de la nuit et il nous a fait passer dans le royaume de son Fils très aimé. Par ce Fils, nous sommes libérés, nos péchés sont pardonnés.

Le Christ est l’image du Dieu qu’on ne peut voir. Il est le Fils premier-né au-dessus de toutes les choses créées. En effet, c’est en lui que Dieu a tout créé dans les cieux et sur la terre : les choses qu’on voit et celles qu’on ne voit pas, les forces et les esprits qui ont autorité et pouvoir. Tout est créé par lui et pour lui.

Le Christ existe avant toute chose, et tout ce qui existe ne tient que par lui.

C’est lui qui est la tête du corps, c’est-à-dire de l’Église. Il est le commencement, celui qui, le premier, s’est levé de la mort, pour être le premier de tous, toujours et partout.

Oui, Dieu a voulu habiter totalement dans son Fils, et il a voulu tout réconcilier avec lui, par son Fils et pour son Fils. Par le sang que son Fils a versé sur la croix, Dieu a fait la paix sur la terre et dans les cieux.

Luc 23.35-43

Le peuple est là et il regarde. Les chefs des Juifs se moquent de Jésus en disant : « Il a sauvé les autres. Eh bien, il n’a qu’à se sauver lui-même, s’il est vraiment le Messie, celui que Dieu a choisi ! »

Les soldats aussi se moquent de Jésus. Ils s’approchent de lui et ils lui offrent du vinaigre en disant : « Si tu es le roi des Juifs, sauve-toi toi-même ! »

Au-dessus de Jésus, on a mis une pancarte avec ces mots : « C’est le roi des Juifs. »

Un des bandits cloués sur une croix insulte Jésus en disant : « Tu dis que tu es le Messie. Alors, sauve-toi toi-même et sauve-nous aussi ! »

Mais le deuxième bandit fait des reproches au premier en lui disant : « Tu es condamné à mort comme cet homme, et tu ne respectes même pas Dieu ? Pour toi et moi, la punition est juste. Oui, nous l’avons bien méritée, mais lui, il n’a rien fait de mal ! » Ensuite il dit à Jésus : « Jésus, souviens-toi de moi, quand tu viendras comme roi. »

Jésus lui répond : « Je te le dis, c’est la vérité : aujourd’hui, tu seras avec moi dans le paradis. »

Prédication

Le Christ-Roi et Jésus en croix.

C’est le grand écart entre les deux textes bibliques que nous avons entendu et que nous méditons.

D’un côté, cette louange du Christ-Roi, par qui tout existe et qui règne sur tout. Il est notre Sauveur, notre Libérateur, celui par qui le pardon nous est acquis et qui nous donne sa paix « qui surpasse toute intelligence », comme il est dit ailleurs.

Quand je dis « je me royaume !», j’exprime une joie, une liberté, un état de grâce exceptionnel.

Eh bien nous, sœurs et frères de Jésus, « nous nous royaumons » dans cette vie grâce à ce que Christ a vécu pour nous, et qu’il nous partage encore aujourd’hui, et dans chacun de nous aujourd’hui.

Cette louange est première dans nos deux lectures du jour ; elle pourrait bien être première dans nos pensées quotidiennes, comme la première expression à notre réveil matinal.

Oui ! comme le souffle nous est donné pour un nouveau jour, cette communion au Christ vivant

et régnant nous est assurée, nouvelle chaque jour et ouvrant des perspectives inédites pour ce que nous allons découvrir au fil de la journée.

Et en même temps, il nous faut tenir l’autre texte avec la même intensité ; celui qui nous présente le Christ en croix.

De ce tableau bien connu, regardons particulièrement Jésus et celui que nous appelons « le bon larron », le brigand crucifié à qui Jésus s’adressera.

Jésus ici ne répond pas aux moqueries, aux ricanements et aux insultes.

Mais il répond à celui qui lui demande : « Jésus, souviens-toi de moi, quand tu viendras comme roi. »

Il y a là, pour ces deux hommes en croix, un aujourd’hui très fort :

– pour le brigand, c’est l’aujourd’hui du repentir, de la reconnaissance avouée de ses fautes, qu’il confesse en reprenant le troisième crucifié.

C’est aussi pour lui l’aujourd’hui de la conversion, puisqu’il reconnait en Jésus celui qui n’a rien fait de mal.

– pour Jésus, c’est l’aujourd’hui du paradis qu’il offre à cet homme, avec son compagnonage.

Oui, tous les deux vont mourir. Et nous croyons en la résurrection de Jésus au troisième jour. Mais pour l’évangéliste, la promesse donnée ici dépasse le cadre temporel : c’est déjà aujourd’hui que tous deux seront dans la présence de Dieu pour un temps sans fin.

Ce dialogue me semble parlant pour notre situation de vie personnelle.

Car nous aussi, nous pouvons vivre des épreuves qui ressemblent à un chemin de croix ; ce qui faisait notre vie, notre monde peut alors nous sembler comme mis à mort. Plus rien ne sera pareil.

Si nous avons eu jusqu’ici la chance d’être épargnés par des douleurs extrêmes, nous connaissons des proches qui ont passé et qui passent par de tels moments. Et cela nous laisse sans voix, impuissants à être à leur côté autrement que dans l’écoute et la prière, dans le partage de l’innommable.

Prenons alors appui sur l’exemple du bon larron, et adressons-nous à Jésus en croix.

Lui qui a souffert parce qu’il a affirmé la valeur unique de notre vie aimée par Dieu, de notre vie pardonnée par Dieu, il répond à notre attente de lui comme il l’a fait pour le bon larron.

Son « aujourd’hui, tu seras avec moi dans le paradis » nous est offert pour notre aujourd’hui, jusque dans la mort et par-delà celle-ci.

Mais déjà avant, tant que nous vivons, dans chacun de nos aujourd’hui, sa présence et son soutien nous sont assurés.

Que cela nous donne la force et le courage pour vivre ce que nous avons à vivre, chacune et chacun seul·e, comme également ensemble, puisque ce Roi nous veut ensemble.

Il dit bien : « Tu seras avec moi » et non « tu seras au paradis ». Ce avec est le cadeau jamais repris de Jésus qui se veut compagnon de notre vie.

Et ce avec nous rend compagnons de nos vies les uns pour les autres.

Pour tout cela, louange infinie à toi Jésus, toi notre Christ-Roi !

Amen.

Prière d’intercession

Christ, notre Dieu et notre Roi, gouverne ton peuple et donne-lui ta vie.

Nous te prions pour tous les vivants, tu les nommes tes enfants. Que ta vie leur parvienne comme une source, une libération inespérée et pourtant bien réelle.

Toi, le vrai Berger qui meurs pour tes brebis, rassemble-les dans l’unité.

Nous te prions pour tous les chrétiens. Nos divisions te crucifient, aujourd’hui encore. Donne-nous force, audace et inventivité pour faire pousser des bourgeons d’unité dans ce qui nous parait parfois comme un hiver de l’œcuménisme, un désert inter-religieux.

Toi, le Roi de l’univers, restaure en toi toute la création.

Nous te faisons confiance : tu te retrouves en toutes celles et ceux qui cherchent à sauvegarder la vie sur notre terre. Donne-nous le courage de changer d’habitude et de vision pour que la vie soit encore vivable pour nous, nos enfants et ceux qui les suivront. Fais-nous revenir à la raison du plus aimant et du plus respectueux.

Toi, qui rends témoignage à la vérité, sois le maître des esprits et des cœurs.

Dans le vacarme des informations qui nous submergent, permets-nous parfois de décrocher de tous les malheurs du monde qui nous sont présentés, pour vivre sereinement l’instant présent et bienheureux qui nous est offert, car nous ne sommes pas responsables de tout ce qui ne va pas, partout !

Et le reste du temps, donne-nous de te remettre les situations que nous connaissons, les personnes qui peuplent notre cœur et notre mémoire. Comme le dit si bien une amie, apprends-nous à les déposer à ta croix, comme on décharge un sac lourd de notre épaule. Les déposer, et ne pas les reprendre !

Toi, notre maître et notre modèle, fais-nous paraître purs devant toi.

Jésus, tu as été un bon vivant de ton temps. Aide-nous à te ressembler aujourd’hui, et notre pureté aura le bon goût de la vraie vie, de la franchise, de la clarté. Déjà pour nos contemporains, et puis pour toi au jour du face-à-face.

Dieu éternel, trois fois saint et tant aimant, exauce notre prière selon ta volonté, et rassemble toutes nos demandes dans ces mots de la confiance par lesquels Jésus nous a appris à te dire : Notre Père…

Culte du souvenir – 19 novembre 2022 – Môtiers

Méditation                                                  

Pour la plupart d’entre vous, ces derniers mois auront été marqués par le décès d’un proche.

Les circonstances de la mort étaient sans doute différentes, tout comme l’âge des défunts ; pour certains de vous, c’était il y a déjà plus d’une année, – mais pour d’autres, il y a trois mois à peine ou même moins.

Les uns auront déjà passé un Noël et un Nouvel-en l’absence de ce visage familier, tandis que d’autres voient peut-être approcher les fêtes de fin d’année avec appréhension.

Dans l’expérience du deuil, le temps compte, et certaines dates plus particulièrement…

Ce n’est pas par hasard que notre Eglise a choisi, comme d’autres, de faire mémoire des défunts fin novembre, le dernier samedi-dimanche de l’année liturgique, juste avant d’entrer dans les semaines de l’Avent qui nous préparent à Noël : un moment de recueillement pour leurs proches au carrefour d’un temps qui s’achève et d’un autre qui va commencer.

Pour baliser ce passage, je vous propose de nous laisser guider par ce que les Evangiles nous disent de Marie, la mère de Jésus, à quelques moments-clé de sa vie au côté de son fils.

Première image : celle d’une jeune mère qui vit intensément les événements entourant une naissance qui bouleverse sa vie, personnelle et sociale.

‘Elle retenait tout cela dans son cœur’ écrit l’évangéliste Luc, lorsqu’un sage nommé Syméon, prenant dans ses bras l’enfant, annonça à Marie qu’une ‘épée lui transpercerait l’âme’,  – allusion à la mort brutale qui allait la séparer trop tôt de ce fils qui venait de naître. (Luc 2)

Pour moi, cet épisode souligne la place de la mémoire dans nos deuils, trésor intime et inaliénable de souvenirs qui sont un réconfort précieux quand nous sommes confrontés à la mort d’un proche ; ce trésor nous permet de ne pas tomber alors dans une sorte de vide, sans le moindre repère auquel nous raccrocher.

Mais ce trésor peut aussi devenir blessure, – comme une épée qui ravive et aiguise le manque que nous ressentons : manque d’une voix, d’un regard, d’un parfum, manque des gestes familiers qui rythmaient nos jours et nos saisons…

L’image suivante, c’est Marie au pied de la croix de Jésus, une trentaine d’années plus tard,  

– Marie en larmes comme une mère sur le point de perdre son enfant.

L’évangéliste Jean indique que Jésus aussi avait pleuré à la mort de son ami Lazare, bouleversé, non pas tant par cette mort elle-même que par la détresse des deux sœurs du défunt, leur désarroi, leur déception lourde de reproches : ‘Si tu avais été là, mon frère ne serait pas mort…’                                                                                                                                       (Jean 11)

Dans le cheminement du deuil, confrontés à la mort d’un proche, il arrive que nous soyons à certains moments tentés par les reproches ou le remords, le regret de ce qui aurait pu ou dû être autrement…

Mais un décès marque toujours un point de non-retour : impossible de revenir en arrière ; c’est dans les jours et les temps à venir qu’il faut chercher une issue à ce qui reste et restera inachevé, – sur un chemin à défricher, jour après jour…

Certaines morts, de personnes âgées notamment, me font penser à un jardin familier dont le grand arbre qui se dressait au milieu serait tombé, un arbre qui était comme un repère, un point de rassemblement offrant son ombre bienfaisante en plein midi, son abri sous la pluie. Le paysage tout entier s’en trouve chamboulé, – il faut apprendre à s’orienter dans le jardin différemment qu’avant…

Mais là où s’élevait l’arbre, l’herbe se met bientôt à repousser plus dense et des fleurs à éclore, de jeunes pousses même commencent à grandir…

Est-ce par hasard qu’en voyant Jésus ressuscité dans le tombeau vidé, l’évangéliste Jean dit que Marie Madeleine le prenait pour le ‘jardinier’ chargé de l’entretien des lieux ?! (Jean 20)

C’est justement ce cheminement différent après un deuil que Jésus voulait susciter lorsque, du haut de la croix où il expirait, il confia l’un à l’autre sa mère et son disciple bien-aimé :

‘Femme, voilà ton fils’, dit-il à Marie, puis au disciple ‘Voilà ta mère’, – et le disciple la prit désormais chez lui… (Jean 19)

Il arrive ainsi que la mort d’un proche fait naître des liens nouveaux de soutien et de solidarité pour faire face ensemble à l’absence soudaine, au manque et à la solitude.

L’image suivante de Marie la situe près du tombeau de son fils lorsque, à l’initiative d’un autre Joseph que celui de la crèche, – Joseph d’Arimathée -, Jésus fut mis en terre.

Avec une précision admirable dans le choix des mots, l’évangéliste Marc écrit que Joseph alla demander à Pilate le ‘corps’ de Jésus ; sa mort ayant été constatée par un officier, Pilate remit à Joseph le ‘cadavre’ de Jésus, dit Marc ; mais ensuite, littéralement, ce n’est ni un corps ni un cadavre, – deux mots neutres en grec -, mais bien ‘lui’ au masculin, c’est-à-dire Jésus lui-même, que Joseph revêtit d’un linceul et déposa en terre en présence des femmes. (Marc 15)

Aux yeux de l’Evangile, un défunt ne se réduit jamais à une dépouille, à un corps désormais inerte et passif : même mort, il reste quelqu’un, une personne, – un être au présent.

C’est de cela que Marie et les femmes qui l’entouraient allaient faire l’expérience renversante un jour et demi plus tard lorsque, passé le temps de repos forcé du sabbat, elles se rendirent au tombeau pour honorer leur cher défunt en couvrant son corps de parfums.

Mais en lieu et place d’un corps mort, d’une dépouille dont elles s’apprêtaient à prendre soin, ce sont des nouvelles d’un vivant qui leur furent données :

‘C’est Jésus de Nazareth que vous cherchez, le crucifié ? Il a été ressuscité, il n’est plus ici : voici le lieu où on l’avait déposé. Mais allez dire à ses disciples qu’il vous précède en Galilée : c’est là que vous le verrez, comme il vous l’avait dit !’ (Marc 16)

Le message de l’Evangile, sa promesse, c’est que la mort n’est pas la fin dernière de quelqu’un, sa disparition totale et définitive : la mort est un passage, l’entrée dans de nouvelles relations, le commencement d’un autre chemin à parcourir ensemble, orienté à une rencontre qui demeure à venir. C’est cela qu’annoncent les paroles de l’ange :

‘Il n’est plus ici : il vous précède là où vous cheminiez ensemble ; c’est là que vous le reverrez…’

Un chemin qui de la séparation douloureuse du deuil conduit à une présence nouvelle, différente, – non pas en s’efforçant vainement de retenir ou de retrouver ce qui n’est plus, mais en s’ouvrant à quelque chose d’autre qui est encore en devenir…

A Marie Madeleine qui au tombeau le prenait pour le ‘jardinier’, Jésus déclarait :

‘Ne me retiens pas, – ne t’accroche pas à moi ! Mais va trouver les autres et dis-leur que je suis vivant !…’ (Jean 20)

Nos liens de vie et nos partages ne s’annulent pas au moment même où un proche décède : en dépit de la séparation, sa présence demeure, elle fait toujours partie de notre vie.

Nous ne sommes pas seuls, – l’amour est plus fort que la mort.

                        *                      *                      *                      *                      *          Ion Karakash

Image

Annonces paroissiales

Un plateau repas et un envoi – prédication de David Allisson 13 novembre 2022

culte avec baptême
lien vers le fichier pdf des textes du culte

Image par Tom de Pixabay

Lecture de la Bible

1 Rois 19,4-8
Jean 6,41-51

Prédication

de David Allisson [avec Avec plusieurs éléments repris largement de Marie-Noëlle Thabut https://eglise.catholique.fr/approfondir-sa-foi/la-celebration-de-la-foi/le-dimanche-jour-du-seigneur/commentaires-de-marie-noelle-thabut/]

Depuis un bout de temps, je m’intéresse dans mes lectures à la question de la transition. La transition est un mouvement dont les acteurs cherchent à réduire la consommation en énergie non renouvelable, à favoriser l’économie locale et les cultures locales, à augmenter les liens de solidarité entre les personnes et à travailler à davantage d’autonomie au quotidien, notamment pour les besoins de base.

Il y a un avenir pour notre monde et pour l’humanité. C’est un avenir dans lequel il nous faut entrer maintenant, avant que le monde ne soit détruit par les changements du climat, les conflits et les inégalités que l’humanité a suscités.

Les défenseurs de la transition se méfient des chrétiens parce que leur interprétation de la Bible a, selon eux, stimulé l’utilisation et l’exploitation de la nature qui doit être soumise à l’être humain.

Une partie du langage de la transition est bien exotique pour moi qui suis né dans une société de consommation et de production de déchets. J’ai appris à vivre dans une société faite pour les individualistes.

C’est un peu comme le langage du culte qui est bien exotique pour certains dans la famille de la baptisée. Et des fois même aussi pour les habitués.

Mais je crois à la rencontre et je pense que nous pouvons vivre une rencontre dans ce culte aujourd’hui.

Quand nous partons d’un constat sur l’état de notre monde aujourd’hui, il y a bien du négatif.

Et aussi dans les textes bibliques d’aujourd’hui cela part mal.

Je prends d’abord le texte évoquant le prophète Elie.

Pour Elie, c’est la grosse déprime !

Il est si désespéré qu’il se couche dans le désert sous un genêt, et il veut mourir parce qu’il pense qu’il ne vaut pas mieux que ses ancêtres qui n’étaient déjà pas terribles. Elie est en fuite parce que, pour montrer la force de son Dieu, il a appelé la puissance du Seigneur pour tuer 400 prophètes de divinités adverses, protégés par la reine Jézabel. Vu ce qu’il a fait à la reine et à ses prophètes, il se rend compte que c’est un peu normal qu’elle cherche à le faire mourir et il préférerait que le désert et Dieu se chargent de son sort.

Cette situation d’Elie, c’est peut-être un peu celle de l’humanité aujourd’hui. Par certains côtés, nous lui ressemblons. Nous voilà déprimés parce que le monde va mal : le climat est modifié – les incendies et les inondations se multiplient, l’économie concentre la richesse entre les quelques mains des plus puissants, les guerres et le terrorisme font couler le sang…

La terre et l’humanité semblent aller au désastre écologique, social et économique.

La transition pense qu’il y a pourtant un avenir. Vous, parents de l’enfant baptisée, et toutes les personnes qui font des enfants sont dans ce mouvement. Nous espérons un avenir pour nos enfants. Nous croyons qu’il y a un avenir pour eux.

Le mouvement de la transition lance un appel semblable à celui des prophètes et de Jean-Baptiste au début des évangiles : le temps est maintenant arrivé ! changez de comportement maintenant !

Mais Elie n’en n’est même pas encore à entendre cet appel. Il est en plein déprime.

Et du fond de sa déprime Elie reçoit l’inspiration.

L’humanité aujourd’hui peut aussi recevoir l’inspiration au fond de sa déprime.

Pour Elie, l’inspiration, c’est un plateau repas et un envoi : « Lève-toi et mange, car tu devras faire un très long voyage. » Je le dis en passant : pour Elie, ce voyage sera celui d’une nouvelle rencontre avec Dieu et du renouvellement de son engagement de prophète.

D’après les meneurs de la transition, l’inspiration pour l’humanité aujourd’hui, c’est retrouver la conscience que la terre ne lui appartient pas. C’est plutôt l’humanité qui appartient à la terre. L’humanité fait partie de la nature, du monde écologique et doit penser à la place qu’elle y occupe. Pour cela, l’humanité va renoncer à l’exploitation à sens unique dans laquelle elle est engagée.

En fait de plateau repas, l’humanité est aujourd’hui invitée à se nourrir davantage de la nature proche : toucher l’herbe, les arbres et les rochers, faire pousser des choses chez soi, diminuer le sous-vide et l’encartonné des supermarchés, d’autant plus quand les produits frais viennent de l’autre bout du monde.

Les chrétiens reçoivent leur inspiration de Jésus.

Jésus s’exprimait régulièrement dans les Synagogue qui étaient chez lui les maisons de culte, d’enseignement et de prière.

Cette fois, à Capernaüm, Jésus vient d’annoncer : « Moi, je suis le pain de la vie. Celui qui vient à moi n’aura plus jamais faim ; celui qui croit en moi n’aura plus jamais soif. » [Jn 6,35]

En voilà un plateau repas ! Plus faim, plus soif, malgré les incendies, les sécheresses et les inondations. Voilà la réponse !

Nous avons besoin de l’assimiler et de la digérer, mais c’est bien dans cette direction que se trouve la réponse.

J’ai reçu un jour sur internet cette citation d’un juriste et avocat américain qui, avec des scientifiques, se bat pour l’environnement [Gus Speth] :

« Avant, je pensais que les plus grands problèmes environnementaux étaient la perte de la biodiversité, la destruction des écosystèmes et le changement du climat.

Je pensais que 30 ans de bonne science pouvaient résoudre ces problèmes.

Mais je me trompais.

Les plus grands problèmes environnementaux sont l’égoïsme, l’avarice et l’apathie…

…et pour résoudre ces problèmes, il nous faut une transformation spirituelle et culturelle.

Et nous les scientifiques, nous ne savons pas faire ça. »

Est-ce que Jésus sait faire ça, lui qui dit qu’il est le pain vivant descendu du ciel ?

Je pense que oui.

Il y a là une grande prétention, c’est sûr. Mais il s’agit de nous ouvrir à une inspiration qui vient d’ailleurs que de nous-mêmes, qui vient de plus grand que nous-mêmes.

Il y a deux sortes de nourriture : les matérielles et les spirituelles. Le pain, nourriture matérielle, fait vivre le corps et entretient la vie biologique. La parole de Dieu, nourriture spirituelle, entretient la vie spirituelle. Un jour la vie biologique cesse, mais la vie spirituelle est éternelle, elle ne cesse jamais.

Jésus et ses interlocuteurs sont tous habitués à ce genre de distinctions. Mais là où son public ne peut pas le suivre c’est quand il prétend être lui-même cette nourriture vivifiante. Il a même ajouté « Moi, je suis le pain qui est descendu du ciel » ; ce qui est très exactement la définition de la Parole de Dieu dans l’Ancien Testament : « L’homme ne vit pas seulement de pain, disait le livre du Deutéronome, mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu. » (Dt 8, 4).

On devine les questions qui se posent : Comment Jésus peut-il se prendre pour la Parole de Dieu ? Comment ose-t-il prétendre être celui qui apporte la vie éternelle ? Nous connaissons ses parents, Joseph et Marie de Nazareth. Il est un homme comme tout le monde, ni plus ni moins : il ne descend pas du ciel mais de parents bien humains. Se prendrait-il pour Dieu lui-même ? 

Cette réaction des auditeurs de Jésus, cette difficulté à le suivre semble être de bon sens. Mais Jésus l’interprète autrement : il y voit un grave refus de croire. Il leur dit : « Ne critiquez pas entre vous. »

Pour des oreilles juives, c’est un reproche sévère : c’est un rappel de ce que l’on pourrait appeler le péché originel d’Israël, les fameux murmures du désert. Les quarante ans de l’Exode dans le Sinaï ont été parsemés de crises de confiance : dès qu’on rencontrait une nouvelle difficulté, la faim, la soif, les serpents venimeux ou les attaques des tribus ennemies, on soupçonnait Moïse et Dieu lui-même de vouloir la mort du peuple au lieu de la libération annoncée.

Donc, cette remarque de Jésus « Cessez de critiquer » veut dire faites-moi confiance. Acceptez de vous laisser déposséder de votre bon sens bien humain. Laissez-vous attirer par le Père.

Puis Jésus reprend patiemment, point par point, cette révélation que ses interlocuteurs ont tant de mal à accepter. Oui, il est la Parole de Dieu ; oui, il est celui qui donne la vie éternelle ; oui il est le Fils de Dieu.

Par cela, il est celui qui comble la faim spirituelle de l’humanité, il est celui qui donne la vraie vie.

Dans cette offre de la vraie vie, c’est Dieu qui a l’initiative ; mais il ne contraint pas, il sollicite une réponse libre.

Le baptême est rappel et proposition de l’amour de Dieu ; la réponse est libre.

Recevoir Jésus comme le pain vivant descendu du ciel est une manière de répondre à l’égoïsme, l’avarice et l’apathie.

Ma nourriture vient d’ailleurs. Elle n’est pas pour moi seulement. Il y a un ailleurs à l’origine de ma nourriture. Par cet ailleurs même, c’est tout-à-fait normal et légitime qu’elle nourrisse aussi d’autres que moi. C’est un pain à partager qu’il n’y a aucun sens à garder pour soi. Il m’appelle à l’action du partage et de l’attention à l’autre.

Ce pain m’appelle à l’amour pour ce monde auquel j’appartiens et pour tout ce qui en fait partie. Ce pain m’appelle à l’amour pour l’herbe, les arbres, les rochers, les animaux et les humains.

Amen.

Intercession

Ô notre Dieu, merci pour tout ce qu’il y a de bon dans notre vie, merci pour tout ce qu’il y a de bon en nous.

Merci pour l’immense source de résurrection qu’est ta présence.

Tout cela nous donne la soif de te présenter ce qui nous peine…

Seigneur, nous pensons devant toi à tous ceux qui souffrent, quelle que soit l’origine de leur souffrance, à ceux qui doivent reconstruire une nouvelle vie après une séparation, un deuil, un échec, une maladie, un exil.

Nous pensons à ceux qui sont en soucis pour leur situation.

Aide-nous, Seigneur, à avoir la parole et le geste juste. Aide-nous à recevoir et à donner avec joie.

Nous pensons devant toi à ceux qui nous sont chers, et à ceux que nous avons du mal à aimer, nous te les confions en particulier

Avec la joie que nous donne ton Esprit, nous témoignerons de ton amour pour chaque homme, chaque femme, chaque enfant, tes fils et tes filles bien-aimés.

Amen