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La foi… c’est clair comme de l’eau de roche!

Culte en randonnant, de Noiraigue à Champ-du-Moulin, le 17 octobre 2021

Invocation

Mon frère, ma sœur, n’aie pas peur.

Aujourd’hui prends cette journée qui commence.

Prends cette journée comme un verre d’eau que quelqu’un que tu ne connais pas aurait préparé pour toi, sur la table, à ton réveil.

Prends cette journée de vie. Elle est là, devant toi. Prends la même si tu ne sais pas pourquoi on te l’offre.

Prends-la sans te l’expliquer. Prends-la sans honte. Prends-la avec reconnaissance. Elle est là, à ta portée, pour toi.

Elle t’attend. L’amour de Dieu est venue te l’apporter, sur la pointe des pieds. L’amour de Dieu te l’a laissée, là, devant toi, pour toi.

Prends-la sans crainte. Tu ne la prends à personne. Elle vient de la fontaine de la vie. L’eau de la fontaine coule pour tous, pour toi. L’eau de la fontaine coule pour rien si tu ne la bois pas !

Mon frère, ma sœur, aujourd’hui, prends cette gorgée de ta vie, prends-la et dis seulement : Amen et Merci !

Alain Houziaux « Mon silence te parlera », éd. Cerf

Texte biblique : Genèse 1, 6-10

Message

Je demande aux enfants de décrire les différentes utilisations de l’eau. 

… L’eau, elle sert bien sûr avant tout à boire ! 

Boire, c’est indispensable pour alimenter notre corps. Il contient 70% d’eau, c’est énorme ! Pourtant, nous ne voyons pas toute cette eau ! 

C’est un peu la même chose quand on croit en Dieu (= foi).

Croire en Dieu, c’est comme de l’eau qui coule dans nos veines, qui nous abreuve… sans que nous le sachions, sans que nous le voyions vraiment. 

La foi, c’est comme un cadeau que Dieu a déposé en chacun de nous.

Beaucoup de théologiens décrivent la foi. Ainsi, Lüther dit : « La foi est l’œuvre de Dieu , non de l’homme. (…). Le Christ est présent en nous par la foi ».

Bucer affirme : «  Dieu implante la foi en nous ».

Quant à Calvin, il écrit : « La foi, c’est le Christ qui habite en nous ».

Parmi les théologiens de notre siècle, Karl Barth écrit: « La foi est la libre venue de Dieu en l’homme ». Bultmann, quant à lui, déclare :  « La foi ne peut pas provenir de l’homme,… la foi ne peut être qu’une création de Dieu dans l’homme ». 

Il ne faut donc pas voir dans la foi seulement quelque chose qui se trouve dans l’être humain, une croyance ou un sentiment qui relève de son intériorité, mais il s’agit avant tout d’une relation vivante où Dieu prend l’initiative.

La foi n’est pas un bien qui se gagne, qui s’achète, elle est là, en nous, offerte par Dieu, comme l’eau dans notre corps.

Mais on peut aller un peu plus loin dans la comparaison et se poser les questions : « à l’image de l’eau, comment on prend soin de notre foi ? Est-ce que nous sommes conscients de cette foi qui coule en nous ? Voulons-nous la partager ? Que nous apporte-t-elle ?

L’eau est comme la foi en nous : elle est bien là, mais nous n’en sommes pas toujours conscients. Elle est unique, mais elle est aussi commune à tout le monde.

La foi est comme l’eau : insaisissable dans sa structure, en mouvement constant, elle peut prendre des formes différentes selon les contenants.

La foi est comme l’eau : elle est capable de percer des trous dans ce qu’il y a de plus dur ; elle peut prendre des allures de force (nous avons la chute dans les gorges ) ; la foi, comme l’eau non contrôlée peut devenir menaçante, elle peut tuer. 

L’eau peut se calme et tranquille, voire stagnante. Elle peut jaillir, grandir. 

La foi et l’eau ont une origine commune : le ciel et la terre. Et elles sont toutes les 2 l’expression de Dieu. Amen

Textes inspirés par le dossier de travail OECO (Eglises pour l’environnement) : https://oeku.ch/fr/produkt/saison-de-la-creation-2021-dossier-de-travail/

Servir et libérer une multitude – prédication du 16 octobre 2021

Image par Лечение наркомании de Pixabay 

Lien pour ouvrir le fichier pdf des textes du culte

Lecture de la Bible

Esaïe 53,10-11
Marc 10,35-45

Prédication de David Allisson, largement inspirée du commentaire de Marie-Noëlle Thabut

Servir et libérer une multitude

POUR LIBERER LA MULTITUDE

Commençons par les derniers mots de l’extrait de Marc qui parlent de « rançon pour libérer une multitude de gens » : ces mots ont malheureusement complètement changé de sens depuis le temps du Christ, et nous risquons donc de les entendre de travers. Aujourd’hui, quand nous entendons le mot rançon, c’est dans le contexte d’une prise d’otage, il s’agit de payer la somme exigée par les ravisseurs, seul moyen d’obtenir la libération du prisonnier. Le mot « rançon » désigne le montant de la somme à verser. On dira, par exemple, que les preneurs d’otage exigent une « forte rançon ». Tandis qu’à l’époque du Christ, au contraire, le mot traduit ici par « rançon » signifiait la libération, c’est-à-dire la seule chose importante en définitive. Le mot grec qui a été traduit par rançon est dérivé d’un verbe qui signifie « délier, détacher, délivrer ».

C’est donc un contresens, par rapport au texte grec de l’évangile de Marc, d’imaginer que Jésus doive payer quelque chose pour nous. Ce contresens défigure complètement l’image de Dieu et risque de faire croire qu’il nous faut apaiser le courroux de Dieu, mais ce n’est certainement pas l’idée biblique !

Toute la Bible raconte la longue entreprise de Dieu pour libérer son peuple, d’abord, et toute l’humanité ensuite, de tous ses esclavages de toute sorte. Dieu est le Dieu libérateur, c’est le premier article du Credo d’Israël. Dieu est d’abord celui qui guide Moïse pour libérer le peuple de l’esclavage concret d’Égypte. Il est ensuite celui qui libère les personnes de leurs servitudes.

D’autre part, les prophètes ont lutté de toutes leurs forces contre l’horrible pratique des sacrifices humains, dont ils disaient que c’est une abomination. Donc, quand les disciples ont entendu Jésus leur dire « je dois donner ma vie en rançon pour la multitude », il ne leur est pas venu à l’idée une minute que Dieu pouvait exiger l’exécution de son Fils pour apaiser une quelconque colère : ils savaient depuis longtemps que Dieu n’a pas de colère contre l’humanité et qu’il ne veut pas de sacrifice humain.

En revanche, ils attendaient une libération : de l’occupant romain d’abord, c’est certain ; et le malentendu a duré longtemps pour quelques-uns d’entre eux, y compris Judas, probablement.

Plus profondément, ils étaient des croyants et donc, ils attendaient aussi la libération définitive de l’humanité de tout le mal qui la ronge : le mal d’ordre physique, moral, spirituel. Et ils entendaient Jésus leur dire « je dois consacrer ma vie à cette œuvre divine de libération de l’humanité ». Mais Jésus leur dit aussi que cette œuvre de libération de l’humanité passe par la conversion du cœur de la personne ; et cela va lui coûter la vie, il le sait. Il vient, pour la troisième fois de leur annoncer sa passion, sa mort et sa résurrection ; annonce qui ne fait que confirmer leurs craintes.

Marc note un peu plus haut qu’ils sont sur la route qui monte à Jérusalem et que Jésus marche en avant du groupe ; eux suivent sans empressement, parce qu’ils ont peur, et à juste titre, de ce qui les attend à Jérusalem.

SERVIR QUOI QU’IL EN COUTE

Du groupe, deux hommes se détachent, peut-être les plus courageux, ou les plus clairvoyants ? Jacques et Jean, les fils de Zébédée, ceux que Jésus a surnommés « les fils du tonnerre ».

Alors, de cette troisième annonce qui confirme leurs pires craintes, ils préfèrent ne retenir que la fin et ils demandent à Jésus de les rassurer : nous qui allons affronter Jérusalem avec toi, dis-nous qu’ensuite, nous aurons part à ta gloire. Jésus répond : « Vous ne savez pas ce que vous demandez. Êtes vous capables de boire la coupe de douleur que je vais boire, ou de recevoir le baptême dans lequel je vais être plongé ? » Manière de dire, je ne peux pas éviter le chemin de souffrance et de mort sur lequel les hommes m’entraînent ; et vous, êtes-vous prêts à vous engager sur ce même chemin ?

La dernière phrase de Jésus est très curieuse, si on y réfléchit : « Le Fils de l’homme n’est pas venu pour être servi » : mais, justement, le Fils de l’homme, d’après le prophète Daniel (Dn 7), était celui qui devait être sacré roi de toute l’humanité. Curieux portrait de roi qu’un roi à genoux devant l’humanité au lieu d’être assis sur son trône au-dessus des autres.

Clairement, ici, Jésus se présente non comme un roi triomphant mais comme le serviteur d’Esaïe dont nous lisions le portrait en première lecture : « Le Fils de l’homme n’est pas venu pour être servi, mais pour servir, et donner sa vie » ; Esaïe disait « C’est lui qui fera aboutir le projet du SEIGNEUR », c’est-à-dire le salut de l’humanité. Parce que la non-violence, le pardon, le service, l’humilité sont le seul moyen de changer le cœur de l’être humain.

Alors on comprend la phrase de Jésus : « Ceux que l’on regarde comme les chefs des peuples les commandent en maîtres… Cela ne doit pas se passer ainsi parmi vous ».

Vous, mes disciples, qui êtes le noyau et le ferment de l’humanité nouvelle, soyez à l’image du Fils de l’homme, faites-vous serviteurs.

C’est cela qui ouvre la libération pour une multitude de personnes : le service en humanité. Ce n’est pas le prix du sang ou de la souffrance.

C’est un service pour libérer une multitude de gens.

Amen

A l’épreuve du monde et du temps – Etudier La Bible EBL

Une bonne idée, une fois lancée, quand elle connaît le succès et enthousiasme autour d’elle, affronte la durée et parfois même l’hostilité. La nouveauté n’est pas toujours bienvenue, surtout quand elle vient remettre en question des comportements habituels. C’est ce qui arrive aux communautés chrétiennes auxquelles s’adressent les lettres de Pierre et Jude, des écrits souvent méconnus du Nouveau testament.

C’est ce qui arrive aux communautés chrétiennes aujourd’hui parce qu’elles deviennent minoritaires et souvent méconnues. Dès lors : comment être ferme sans être fermé ? Comment être ouvert sans se dissoudre ?

Des écrits anciens pour un questionnement très moderne. A découvrir et à méditer.

Tous les détails utiles figurent sur le site de l’Office Protestant de la Formation, auteur du cours – lien

Le Fils de l’homme n’est pas venu pour être servi, mais pour servir – Marc 10,35-45

Lu au culte samedi 16 octobre 2021 à Couvet, 17h30

Photo de Angela Roma provenant de Pexels

35 Alors, Jacques et Jean, les fils de Zébédée, viennent auprès de Jésus. Ils lui disent : « Maître, nous désirons que tu fasses pour nous ce que nous te demanderons. » – 36 « Que voulez-vous que je fasse pour vous ? » leur dit Jésus. 37 Ils lui répondirent : « Quand tu seras dans ta gloire, accorde-nous de siéger à côté de toi, l’un à ta droite, l’autre à ta gauche. » 38 Mais Jésus leur dit : « Vous ne savez pas ce que vous demandez ! Êtes-vous capables de boire la coupe de douleur que je vais boire, ou de recevoir le baptême dans lequel je vais être plongé ? » 39 Ils lui répondirent : « Nous en sommes capables. » Jésus leur dit : « Vous boirez en effet la coupe que je vais boire et vous serez baptisés du baptême où je vais être plongé. 40 Mais ce n’est pas à moi de décider qui siègera à ma droite ou à ma gauche ; ces places sont à ceux pour qui Dieu les a préparées. »

41 Quand les dix autres disciples entendirent cela, ils s’indignèrent contre Jacques et Jean. 42 Alors Jésus les appela tous et leur dit : « Vous le savez, ceux que l’on regarde comme les chefs des peuples les commandent en maîtres, et les personnes puissantes leur font sentir leur pouvoir. 43 Mais cela ne doit pas se passer ainsi parmi vous. Celui qui veut devenir grand parmi vous sera votre serviteur, 44 et celui qui veut être le premier parmi vous sera l’esclave de tous. 45 Car le Fils de l’homme n’est pas venu pour être servi, mais pour servir et donner sa vie comme rançon pour libérer une multitude de gens. »

Nouvelle Français Courant Mc 10,35-45

Mon juste serviteur obtiendra la justice – Esaïe 53,10-11

Lu au culte samedi 16 octobre 2021 à Couvet, 17h30

Photo de Maria Eduarda Loura Magalhães provenant de Pexels

10 Mais le Seigneur approuve son serviteur accablé par la souffrance. S’il offre sa vie en offrande à la place des autres, alors il aura des descendants et il vivra longtemps encore. C’est lui qui fera aboutir le projet du Seigneur.

11  » Après avoir subi tant de peines, dit le Seigneur, mon serviteur verra clair, il sera nourri par une forte expérience. Mon serviteur, le juste, obtiendra la justice pour une multitude de gens, lui qui s’est chargé de leurs fautes. (…) « 

Nouvelle Français Courant Esaïe 53,10-11

Se souvenir en période d’oubli

Culte du souvenir pour les endeuillés – temple de Couvet, samedi 20 novembre 2021, 17h
certificat covid et pièce d’identité requis, merci de votre soutien

Plus d’une fois ces derniers temps, il a fallu chercher dans sa mémoire : « c’était l’année dernière, il me semble… » « Mais non, cela fait déjà deux ans, en 2019, souvenons-nous. »

Souvenons-nous, l’été dernier : c’était le deuxième de la période de pandémie. Les mois se sont succédés, difficiles, semblables les uns aux autres.

Beaucoup se sont aussi heurtés, dans cette période sans reliefs, à des obstacles particulièrement tenaces. Parmi ceux-ci, des deuils qui n’ont pas tenu compte du ralentissement dû aux précautions sanitaires. De tels moments restent marqués intensément dans le souvenir.

Pour les familles gardant la mémoire d’un prénom et le rappel d’une relation avec une personne chère et maintenant décédée, il importe de se souvenir.

La paroisse vous invite à la célébration du culte du souvenir avec les familles endeuillées qui ont vécu le service funèbre d’un·e proche avec l’Église réformée au Val-de-Travers.

Se souvenir d’un proche défunt et partager prières et méditation lors d’un culte, c’est marquer une présence pour les personnes endeuillées au moment où, quelques semaines ou quelques mois après le service funèbre, elles peuvent se retrouver très seules.

Une bougie sera allumée à la mention du nom de chaque défunt. Il s’agit de relever que la douleur du deuil, ressentie parfois de façon solitaire peut aussi être exprimée d’une manière solidaire : touché et affecté par la mort d’un proche, je peux aussi me montrer présent pour celles et ceux qui, autour de moi, vivent la même douleur.Concerné par le décès d’un proche ou attentif à la douleur des autres, chacune et chacun est invité à se joindre à la célébration. Elle aura lieu samedi 20 novembre prochain au temple de Couvet à 17h. Il faudra se munir du certificat covid et d’une pièce d’identité.

L’Evangile selon Pilate – Eric-Emmanuel Schmitt

Spectacle de la Compagnie La Marelle
Vendredi 29 octobre 2021, 20h, salle Fleurier, Rue du Pré 8, 2114 fleurier

Certificat covid19 obligatoire – merci !

Trois jours après la crucifixion, on annonce à Pilate que le corps de Jésus a disparu. Pilate alors mène l’enquête, sans savoir qu’il va diriger la plus extravagante des enquêtes policières.

​Romain, éduqué en sceptique, Sherlock Pilate essaie tous les arguments rationnels pour ne pas céder au sensationnalisme religieux des Juifs placés sous son autorité. Mais il sent peu à peu le doute s’insinuer dans son esprit; et avec le doute… l’idée de foi. A travers cette démarche, chacun peut retrouver ses interrogations, ses certitudes, mais aussi… ses incertitudes.

Durée 1h10

De :
Eric-Emmanuel Schmitt

​Avec : 
Edmond Vuilloud
Sarkis Ohanessian
En alternance Séverin Bussy

Mise en scène :
Jean Chollet

Technique :
Salomé Flamand
Antoine Breton

Toutes les dates de la tournée accessible par ce lien

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Partager, discuter, prier l’unité des chrétiens – Net for God

Reconnaître et être la face du Seigneur – prédication de Séverine Schlüter, 9 et 10 octobre 2021

Lien pour ouvrir le fichier pdf de la prédication

Lectures bibliques :

  • Deutéronome 16, 13-17
  • Jacques 2, 14-16
  • Luc 14, 12-14

Message : reconnaître et être la face du Seigneur
de Séverine Schlüter

“Tous les hommes paraîtront devant la face du Seigneur” (Dt 16,16).

Dans le contexte biblique, et surtout de l’Ancien Testament, la face du Seigneur représente sa présence, sa personne, sa réalité divine qui se donne à percevoir en un temps et un lieu déterminé.

C’est une présence si forte qu’on ne pouvait contempler Dieu face à face sans mourir, sauf à recevoir une grâce particulière, comme celle accordée à Moïse sur le Mont Sinaï. C’est pourquoi les personnages bibliques se couvrent le visage lorsqu’ils sentent la présence de Dieu qui se manifeste auprès d’eux (comme par exemple Elie, devant sa grotte du Mont Horeb, quand Dieu passe au travers du son d’un léger souffle en 1 Rois 19).

C’est le plus souvent indirectement qu’il se donne à connaître, par les manifestations de sa grâce ou de sa puissance agissante.

Lors d’une rencontre de parents d’élèves que j’ai faite en début d’année scolaire, à Couvet, une enseignante nous partageait comment son travail était rendu plus complexe, avec l’obligation de porter un masque : car beaucoup de choses dans l’apprentissage et la relation passent par l’expression du visage, des émotions, le mouvement de la bouche et des lèvres, notamment avec les plus petits.

Une autre institutrice nous disait que, en même temps, c’était l’occasion de trouver d’autres manières de faire passer les choses… au travers de sa posture, des gestes utilisés, et surtout du regard. C’est moins direct, moins évident, mais ça permet d’explorer d’autres pistes, et elle observait que d’autres choses que d’habitude se développaient dans la relation, autrement.

De même, Dieu se donne à voir de manière indirecte, il est à rechercher dans les signes, les traces du quotidien. En l’occurrence, lors de la fête des Tentes, dans les dons et bénédictions reçues, et dont il faut se réjouir.

Parfois, ces signes peuvent passer par des paroles d’un autre, un ressenti, des pensées qui nous traversent, quelque chose de particulier que l’on vit…

Parfois, j’aimerais pouvoir avoir un contact plus direct que cela avec Dieu ; j’ai l’impression que cela me manque de ne pas pouvoir interagir avec lui de la même manière qu’avec mes proches autour de moi. Saisir son regard, lui sourire, se prendre dans les bras, sentir sa main sur mon épaule… 

Pourtant j’ai découvert aussi que, quand je vis ces instants de proximité avec un.e ami ou un.e membre de ma famille… et bien, je suis présente avec cette personne, mais pas avec les autres ! C’est un contact limité. 

Alors que la proximité de Dieu est autre : il sait se rendre présent partout, à chaque instant, pour chacun et chacune, et c’est à nous de prendre le temps de lire les signes de sa présence.

Dans le livre que je lis actuellement, le 1er de la série Outlander de Diana Gabaldon, l’héroïne, Claire, se retrouve dans une abbaye, en France, au 18ème siècle. Une nuit, à 2h du matin, elle accompagne un des abbés à la chapelle où se vit la prière perpétuelle, une heure que chaque frère consacre chaque jour à veiller auprès du Christ [représenté par le saint sacrement], afin qu’il y ait à chaque instant au moins un moine auprès de lui. A un moment, Claire s’aperçoit que le frère s’est absenté. Elle lui dit : mais, vous l’avez laissé seul ! Il lui répond que non, puisqu’elle-même était présente. Elle lui fait alors remarquer qu’elle-même étant agnostique elle ne comptait pas ! Le moine lui retourne alors la question : et vous, pendant cette heure, vous êtes-vous sentie seule ? Non, répond-elle après un instant de réflexion. Je n’étais pas seule…

Il ne s’était rien passé de précis pendant cette heure… sauf qu’elle était là, simplement, en silence et en compagnie de ses pensées… où un Autre, découvrit-elle, l’avait simplement rejointe. Une sorte de face à face, mais autrement.

Absence ou présence de Dieu… tout est une question de regard, du regard que l’on porte sur les choses, les événements… et les gens.

Si le texte du Deutéronome nous invite à porter un regard de reconnaissance et de joie sur ce qui nous est accordé, Jacques et Jésus nous invitent à une conversion du regard porté sur ceux et celles qui nous entourent.

Si j’arrive à percevoir cette présence agissante de Dieu dans ma vie, et à m’en réjouir… je ne peux pas faire l’économie de ne pas y inclure ces autres autour de moi ! 

Comment être dans la joie, si d’autres ne peuvent pas entrer dans cette joie ?

Dire que Dieu “tourne sa face” vers quelqu’un était une manière d’exprimer la faveur de Dieu à l’égard de cette personne. Dans l’extrait du Deutéronome, le Seigneur exhorte son peuple à ne pas se présenter devant sa face les mains vides.

C’est un des sens aussi de la fête des récoltes vécu la semaine dernière : partager le fruit de nos jardins, de nos vergers, de nos champs… mais c’est le sens aussi de toute vie croyante : faire bénéficier l’autre de ce qui nous a été accordé. Il s’agit de concrétiser sa foi en les bienfaits du Seigneur au travers d’actes concrets, de gestes, d’ouverture, en particulier auprès des plus démunis.

De même que nous avons parfois eu besoin que quelqu’un nous guide dans notre vie de foi ou notre existence [comme l’abbé dans le livre que je vous citais tout à l’heure], nous pouvons être la face de Dieu pour les autres, une manière de sa part d’être présent pour les autres, à travers nous.

Les 3 textes de ce jour nous invitent au fond à quelque chose de semblable : à voir la réalité en face. Tout d’abord en reconnaissant que ce que nous pouvons récolter nous vient aussi d’ailleurs, et que nous pouvons en être reconnaissants  –  et reconnaître que d’autres, à leur tour, ont besoin de nos dons, de notre présence, de notre soutien, de notre regard tourné vers eux, afin que tous et toutes aient part à la fête.

Dans l’épître aux Corinthiens, au chapitre 13, Paul nous dit que “Maintenant, nous voyons de manière confuse, comme dans un miroir” mais qu’à l’achèvement des choses, «nous verrons face à face.» Et qu’alors subsisteront 3 choses : la foi, l’espérance, et l’amour, la plus grande des 3 étant l’amour.

De tous les biens que nous aurons partagés, c’est celui-là, notre attention portée aux autres, le don de soi, qui restera.

Le Mahatma Gandhi le résumait ainsi :

Prends ton sourire et donne-le à celui qui n’en a jamais eu.

Prends un rayon de soleil et fais-le percer les ténèbres qui enveloppent la terre.

Découvre une source et purifie celui qui est dans la boue.

Prends une larme et dépose-la sur le visage de celui qui n’a jamais pleuré.

Prends ton courage et mets-le dans le cœur de celui qui ne peut plus lutter.

Découvre un sens à la vie, et partage-le avec celui qui ne sait plus où il va.

Prends dans tes mains l’espérance et vis dans la lumière de ses rayons.

Prends la bonté, et donne-la à celui qui ne sait pas donner.

Découvre l’amour, et fais-le connaître à l’humanité.

Quand Moïse a pu parler à Dieu face à face, son visage est devenu lui-même resplendissant de la lumière… (Exode 34, 29). Brillons, nous aussi, de cette lumière !

Amen.

On récolte ce que l’on sème… oui, mais pas toujours !


Prédication de Patrick Schlüter pour le culte des récoltes
3 octobre 2021 à Travers – lien vers le fichier pdf du texte de la prédication

Textes bibliques :
Osée 8, 1-7
Marc 4, 26-32

« On récolte ce que l’on sème ». Cette expression m’a trotté dans la tête cette semaine quand je pensais à ce culte des récoltes. J’avais à chaque fois envie d’ajouter un sous-titre pour la nuancer : « oui, mais pas toujours ! ». Et cette nuance peut s’appliquer dans 2 directions : il arrive qu’on ne récolte pas ce que l’on a semé et il arrive aussi que l’on récolte ce qu’on n’a pas semé. « On récolte ce que l’on sème… oui, mais pas toujours ! », c’est donc ce que je vous propose d’explorer dans ce message.

Dans mon jardin cette année, la récolte n’a pas été très bonne. Les courges ont peu donné, ainsi que les pruniers et pommiers. La météo compliquée explique sans doute une partie de cela. Sans doute aussi qu’avec les enfants et les aléas de la vie, nous avons manqué de temps pour bien prendre soin de notre potager. Nous n’avons pas récolté tout ce que ce que nous avons semé. Peut-être qu’avec plus de soin, le résultat aurait été meilleur, mais ce n’est pas certain.

D’un autre côté, nous avons aussi récolté plus de choses que nous attendions. Une ronce a poussé dans un buisson de symphorine et donne régulièrement des mûres. Nos enfants sont très motivés pour les ramasser, ainsi que toutes les pommes et prunes qu’ils trouvent alors que parfois, nous n’aurions pas la motivation d’être aussi persévérants dans le ramassage !

« On récolte ce que l’on sème… oui, mais pas toujours ! » Il y a là une dimension d’imprévu qui s’exprime dans la grâce, quelque chose de gratuit qui nous est offert.

Dans le monde, la météo a aussi fait des siennes de manière inquiétante avec le gel, les inondations et la sécheresse. Le réchauffement climatique nous inquiète et semble s’accélérer. Quelque part sans doute, l’humanité récolte le fruit de son exploitation irraisonnée des ressources naturelles, mais il y a aussi une injustice car ce ne sont pas toujours ceux qui provoqué le problème qui souffrent des conséquences.

D’un autre côté, la pandémie, avec toutes les difficultés qu’elle entraîne, a aussi facilité une prise de conscience chez certaines personnes qui veulent vivre l’émerveillement devant la création et développer une forme d’éco-spiritualité pour redécouvrir la place de l’être humain devant Dieu au sein de la création.

« On récolte ce que l’on sème… oui, mais pas toujours ! ». Dans le monde aussi, il y a la part d’inconnu avec de l’injustice, mais aussi la dimension de la grâce.

« Puisque vous semez le vent, vous récolterez la tempête », tel est l’avertissement terrible que le prophète Osée adresse à Israël, son peuple. Celui-ci œuvre dans le Royaume du Nord au 8ème siècle avant Jésus-Christ. J’ai choisi ce texte parce que c’est probablement une des premières expressions écrites du proverbe « qui sème le vent, récolte la tempête ». Osée, c’est un prophète de jugement qui annonce la fin du Royaume du Nord, celui d’Israël. Aux yeux d’Osée, en raison des mauvais choix des dirigeants, de l’idolâtrie du peuple qui se détourne de Dieu, le Royaume du Nord va être vaincu. L’histoire donnera raison au prophète avec la prise de Samarie en 722 avant Jésus-Christ.

Les paroles d’Osée ont été recueillies, rassemblées dans un livre qui porte son nom et transmises pour les générations futures. C’est l’histoire d’un amour déçu, celui de Dieu pour son peuple, mais c’est aussi l’histoire d’un amour qui continue à chercher l’autre. Osée a aussi écrit, à mes yeux, l’un des plus beaux oracles de salut de tout l’Ancien testament. Il se trouve au chapitre 11 et dit l’amour et la grâce d’un Dieu qui continue de chercher son peuple jusqu’à en être bouleversé dans son propre cœur. Comme chrétien, je lis l’accomplissement de cet amour de Dieu en Jésus-Christ.

Jésus annonce et vit le Royaume de Dieu. Il utilise beaucoup d’images du quotidien pour en parler. Ses nombreuses paraboles reprennent souvent des éléments de la nature. Nous avons entendu les paraboles de la semence qui pousse toute seule et de la graine de moutarde. Dieu est à l’œuvre dans le monde. Quand nous sommes attentifs à sa présence, quand nous nous laissons entraîner par cette logique de Dieu, cela change la vie, ouvre à un nouveau regard, permet d’accueillir l’autre et de se laisser porter par l’amour et la grâce. C’est ce qui nous est offert en Jésus-Christ pour nos vies.

« On récolte ce que l’on sème… oui, mais pas toujours ! ».

Cette question vaut aussi pour ce que nous semons dans nos vies, dans nos relations, dans nos choix, dans notre société et dans notre Église. J’aimerais retenir de ce bref parcours biblique 2 choses.

Premièrement, nous sommes invités à bien choisir ce que nous semons. Cela vaut pour nos graines, pour nos choix, pour nos paroles, pour nos attitudes de vie, pour la manière d’être avec l’autre. Nos choix auront des conséquences attendues ou inattendues, alors faisons les bons aujourd’hui pour nos vies, notre société et notre monde. Nous sommes aussi invités à prendre soin de ce qui pousse et à ne pas l’étouffer.

Tout cela, c’est le côté responsabilité que nous avons.

Nous sommes invités et c’est le 2ème aspect que j’aimerais souligner, à la reconnaissance et au lâcher-prise. Il y a une part qui ne dépend pas de nous, qui appartient à la nature et à Dieu. Réjouissons-nous de ce qui pousse même si c’est différent de ce que nous avons semé. Prenons le temps de l’émerveillement face à la nature et aux bonnes choses qui sortent du cœur de l’être humain.

Plusieurs défis attendent notre monde et notre Église. J’aimerais aujourd’hui en relever un : c’est celui du mariage pour tous qui a été accepté récemment en votation par le peuple suisse. Notre Église va aussi de l’avant et réfléchit à la manière d’accompagner les couples de même sexe, tout comme les couples hétérosexuels. Je sais qu’évoquer cette question suscite facilement et rapidement des réactions diverses. Pour certains, c’est dans la logique de leur foi que cette ouverture se fasse. Pour d’autres, cela suscite une résistance forte qui touche aussi à leur compréhension de foi.

Je ne veux pas entrer aujourd’hui dans le débat. Ce n’est pas le lieu. Ce que j’aimerais, c’est nous inviter à rester unis dans ce débat, à reconnaître et accepter le chemin de foi de l’autre et à retenir nos jugements définitifs. Pouvons-nous semer plutôt de l’écoute, du respect de l’autre, de la modération et de la paix dans la différence d’opinion ?

En tant que pasteur, je nous appelle à veiller à l’unité sans taire le débat.

Pour cette question, comme pour tout ce que nous semons dans nos vies et dans le monde, nos vies sont entre les mains de Dieu. Ce sera plus facile si nous semons de bonnes choses et savons nous réjouir de ce qui pousse même si ce n’est pas ce que nous attendions.

Amen.

Prière d’intercession

Seigneur, nous pensons à toute ta création : au soleil et à la pluie, aux fleurs sauvages et aux légumes du potager, aux arbres des forêts et aux fruits du verger. Apprends-nous à agir avec sagesse et respect pour ne pas détruire ce que tu as créé.
Seigneur, nous pensons à la nourriture sur notre table. Donne-nous de toujours voir ton amour à travers les bonnes choses que nous mangeons. Apprends-nous la joie du partage.
Seigneur, nous pensons à l’amour et l’amitié dont nous sommes entourés, à nos parents, à nos frères et sœurs, à nos familles, à nos amis. Donne-nous de savoir accueillir et aimer.
Dans notre cœur, notre foi est petite,
Mais elle est comme une graine, elle va grandir.
Autour de nous, le monde est plein de souffrance,
Mais il est plein aussi de graines d’amour,
Aide-nous à les faire pousser.
Apprends-nous Seigneur, à choisir les actions bonnes,
Celles qui appartiennent à Ton Royaume, et à les semer autour de nous.
Amen.