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Prier aux Verrières comme à Taizé

20160826Prière Taizé 16-17

Invitation en format pdf à télécharger ici

En 2017, la Réforme aura 500 ans – se documenter

20160826LutherHistoire

L’OPEC, office protestant d’éditions chrétiennes propose de se préparer aux commémorations du 500e anniversaire de la Réforme, célébré en 2017.
Il suggère:

Mais délivre-nous du mal – 20-21 août 2016

20090219priere

Prédication de David Allisson, Môtiers et Noiraigue, 20 et 21 août 2016 – texte en format pdf à télécharger ici.

Lecture de la Bible

Job 30,20-26
Luc 13,22-30

Prédication

« Mais délivre-nous du mal »

Depuis toujours ou presque, l’humanité se demande comment c’est possible que Dieu permette le mal alors qu’il est censé être puissant, bon et juste.

Au début du 18e siècle, cette question a été traitée par le philosophe Leibniz. Il a voulu, par la raison, défendre Dieu dans cette question impossible. Leibniz était optimiste: il supposait que tout compte fait, le mal prend sa place dans l’ordre du monde. Il affirmait que Dieu n’a certes pas créé le meilleur monde pensable, mais quand même le meilleur de tous les mondes possibles. Il a été contredit peu de temps après au moment d’une grande catastrophe naturelle : en 1755, un tremblement de terre et les incendies qu’il a provoqués ont tués 60’000 personnes à Lisbonne, une des villes les plus riches et puissantes de l’Europe de l’époque. Cela représentait un quart de la population de la ville.

Lactance, à la fin du IIIe siècle de notre ère, citait le philosophe Epicure qui avait mentionné cette question au 4e siècle avant Jésus-Christ. C’est une des façons classiques de présenter la problématique :

« Dieu, dit Epicure, ou bien veut supprimer les maux et ne le peut, ou bien le peut et ne le veut ; ou bien il ne le veut ni ne le peut, ou bien il le veut et le peut. S’il le veut et ne le peut, il est faible, ce qui ne peut échoir à Dieu ; s’il le peut et ne le veut, il est jaloux, ce qui est également étranger à Dieu ; s’il ne le veut ni ne le peut, il est à la fois jaloux et faible, et partant n’est pas Dieu ; s’il le veut et le peut, ce qui seul convient à Dieu, quelle est donc l’origine des maux, ou pourquoi ne les supprime-t-il pas ? »

C’est une citation trop compliquée pour la suivre comme ça oralement. Mais elle veut dire : vouloir défendre Dieu par la raison devant le mal et les souffrances du monde et de nos existences, cela ne fonctionne pas.

Si l’on devait s’approcher d’un raisonnement qui tiendrait, il serait vite démonté par l’absurdité et l’injustice du mal. On peut se convaincre de cela en pensant à Auschwitz et à la shoah. Mais cela continue : des enfants en Syrie n’ont rien connu d’autre que la guerre et au lieu de découvrir le monde et de se développer et de grandir sont tués dans les bombardements. La maladie, les accidents, les ruptures et conflits personnels sont aussi des événements qui rappellent la présence du mal ou des maux dans nos existences personnelles.

Notre raison occidentale ne s’en sort pas avec ce problème.

Une sagesse orientale a choisi de l’affronter autrement : en le priant. « Mais délivre-nous du mal ».

Ce n’est ni facile, ni une réponse. C’est une manière de vivre cette question et ce problème.

Ce n’est pas une réponse, parce qu’en priant « Mais délivre-nous du mal », nous pouvons avoir l’impression des personnages de l’histoire racontée par Jésus : pourtant nous te connaissons et nous t’avons côtoyé ! Pourquoi est-ce que tu ne nous ouvres pas la porte ? Et lui : « je ne vous connais pas ».

Voilà qui enfonce encore le clou dans la plaie de notre souffrance. Job l’a aussi senti dans sa prière et ses conversations avec Dieu. Nous le sentons quand nous ne voyons pas comment notre souffrance sera apaisée.

Autant le dire tout de suite : je n’ai pas la réponse pour vous. J’ai seulement entendu le témoignage de croyants comme Job qui ont traversé la souffrance et qui ont pu le faire devant Dieu ou avec Dieu. Ils l’ont aussi fait parfois contre Dieu, mais toujours en relation avec lui, même quand c’était pour dire avec le psaume 22 et Jésus sur la croix : « Mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? » [Ps 22,2, Mt 27,46]

Prier « Mais délivre-nous du mal » peut maintenir en vie.

Je vous propose une méditation brève sur 4 points :

  1. Que veut dire « mal » ?
  2. Qu’est-ce que la délivrance ?
  3. A qui penser en disant « nous » ?
  4. Qui peut prier ainsi ?
  1. Que veut dire « mal » ?

« Mais délivre-nous du mal » : Est-ce que c’est le Malin, le diable, ou est-ce que c’est le mal, la souffrance, les maux qui se présentent dans la vie ? Le grec permet les deux interprétations et celle du mal personnifié – le diable – a été privilégiée dans l’histoire. Aujourd’hui, les exégètes partent souvent du principe qu’il est impossible de trancher si Matthieu pensait au diable ou aux maux.

L’important est de noter que Matthieu envisage manifestement le mal au sens général, mal qui intègre aussi les maux. Cela veut dire que ce mal, ce n’est pas seulement l’agir humain mauvais, mais aussi la misère, la souffrance sous toutes ses facettes : maladie, tourments, pauvreté, solitude, déchéance, catastrophes, etc.

La demande d’être délivré du mal devient aussi une demande de reconnaître le mal avec justesse. Le mal est cette forme de néant qui risque de nous réduire nous aussi à néant. Il peut y avoir cela dans la souffrance et les tourments. Mais il existe aussi des témoignages de personnes qui ont vu dans leur tourment non pas le mal à l’œuvre mais l’occasion de porter un regard sur Jésus le Crucifié et de comprendre autrement la souffrance, la maladie et la mort.

Et je dois dire cela avec prudence parce que dans le moment ou vous ne voyez pas d’issue ni d’espoir à vos tourments, ce serait une forme de terrorisme que de vous suggérer cette compréhension des choses : « si tu souffres, c’est sûrement que le Seigneur a quelque chose à te dire ».

Par contre si vous témoignez d’un tel regard au travers de ce que vous avez subi, votre rayonnement pourrait devenir plus fort que toutes les prédications imaginables.

Job va au fond de sa plainte : « Mon Dieu, je t’appelle, mais tu ne me réponds pas ». Il perçoit même Dieu comme une menace extrême quand il ressent que celui de qui il avait reçu la vie ne le protège plus et que tous les malheurs du monde lui arrivent. Ce n’est qu’après avoir été au fond de tout ça qu’il peut revivre la grâce. Sa plainte et la menace qu’il ressentait n’ont jamais été adoucies par la perspective de la grâce. Pendant son parcours de souffrance, Job ne voyait plus comment cela pouvait être possible de retrouver cette grâce.

  1. Qu’est-ce que la délivrance ?

La délivrance demandée dans le Notre Père, c’est la possibilité de vivre ou de revivre d’une façon apaisée et équilibrée. C’est un peu ce que j’ai compris de la résilience dont on parle souvent de nos jours : pouvoir vivre en paix après avoir vécu quelque chose de traumatisant ou destructeur.

On parle assez souvent de délivrance au moment du décès d’une personne qui a vécu une longue et douloureuse maladie. Parfois, la délivrance est celle de la fin des temps au moment de l’instauration du Royaume de Dieu.

Mais la délivrance dont parle l’évangile de Matthieu en disant « mais délivre-nous du mal » concerne notre expérience quotidienne ici et maintenant ; cette délivrance s’épanouit déjà dans la personne de Jésus et dans l’histoire de sa vie : quand il guérit des malades, expulse des démons, vit en communion avec des marginalisés, quand il ramène des personnes à la vie, pardonne les péchés, nourrit les affamés. La plénitude à mille facette dans laquelle se vit la délivrance est comme à l’opposé et en écho à la diversité du mal : c’est que la délivrance vise un bien-être de toute la personne, être bien dans la relation à Dieu, à ses prochains, à son environnement et à soi-même. Dans la Bible, le shalom hébreu dit cela. Ce terme est en général traduit par paix, mais il veut aussi dire : intégrité, salut, libération de toute misère et malheur – politique aussi –, santé, bien-être, sécurité et calme.

Quand il est question du shalom des êtres humains, l’humain est compris comme faisant partie de l’ensemble de la création. L’idée n’est pas d’être délivré de la création, mais l’enjeu est une délivrance à l’intérieur de la création et avec elle.

  1. A qui penser en disant « nous » ?

En disant « Mais délivre-nous du mal », nous disons « nous ». « Nous » prions. Et nous demandons que « nous » soyons délivrés.

Dans l’évangile de Matthieu, le premier « nous » est celui des disciples qui demandent à Jésus comment prier. Mais tout de suite, on pense aussi à tous les auditeurs et auditrices du sermon sur la montagne. C’est comme si Jésus donnait aux disciples un enseignement public qui concerne aussi les autres.

Quand nous prions aujourd’hui « Mais délivre-nous du mal », le « nous » indique d’abord la communauté priante : nous qui sommes réunis aujourd’hui à Môtiers / Noiraigue. Mais cette communauté est aussi élargie à tous les chrétiens du monde puisque nous faisons partie de l’Eglise universelle. Le Notre Père est universel parce que tous les chrétiens le prient quelle que soit leur confession. Le Notre Père est aussi universel parce que celui qui prie « Mais délivre-nous du mal » prie pour tous les chrétiens. Et si le Père de Jésus Christ est vraiment Celui qui nous libère du mal, alors ce « nous » ne peut que s’élargir jusqu’à finalement englober l’humanité entière. On ne peut pas prier un Dieu qui aime les humains sans être porté soi-même par un élan de bonté pour tous les humains.

  1. Qui peut prier ainsi ?

Il ne s’agit pas d’attribuer des autorisations ou des accréditations, mais plutôt de se demander : « qui suis-je quand je prie de cette manière ? »

En priant le Notre Père, on peut avoir l’impression de donner des ordres à Dieu et que c’est « gonflé » :

« donne-nous aujourd’hui », « pardonne-nous », « ne nous soumets pas » – et maintenant « délivre-nous » !

D’où nous vient cette audace avec laquelle nous prions Dieu ? Qui sommes-nous pour l’oser ?

Dans les trois premières demandes du Notre Père, nous nous adressons à Dieu comme à « notre père ». Le Dieu auquel nous nous adressons ici n’est autre que celui qui nous a libérés et délivrés en Jésus Christ. Il est le père de Jésus Christ, il est notre Sauveur, celui dont nous demandons que le nom soit sanctifié, que le règne vienne, que la volonté soit faite – aussi et précisément en récitant le Notre Père. Quand cela se réalise vraiment, quand ce Père vient et se présente à nous dans son Esprit, il se passe un bout de libération, de réconciliation et de délivrance. La présence de Dieu, la présence de ce Père délivre les priants pour la liberté des enfants de Dieu et les rend capables de devenir collaborateurs et collaboratrices de Dieu. Ce n’est pas de la témérité, cela correspond simplement à la liberté des enfants de Dieu, de demander à leur père ce qui est essentiel à la vie !

C’est pourquoi celui qui crie « délivre-nous », et qui le fait en priant, est déjà en train de suivre Jésus. Crier ainsi, c’est le faire grâce à cette délivrance que l’on demande. On ne peut ni ne veut plus vivre sans elle.

Le psaume 22 qui commence par un cri lancé à Dieu pour le questionner : « pourquoi m’as-tu abandonné ? » n’en reste pas là. Il continue par une demande de délivrance, puis par une louange parce que Dieu a fini par répondre.

Prier le Notre Père suit le même mouvement : demander « Mais délivre-nous du mal », c’est s’attendre à ce que Dieu le fasse, parce que la prière enchaîne et conclut avec « car c’est à toi qu’appartiennent le règne, la puissance et la gloire, pour les siècles des siècles.

« Mais délivre-nous du mal, tu le feras car c’est à toi qu’appartiennent le règne, la puissance et la gloire, pour les siècles des siècles.

Amen. »

Les thèmes de cette prédication sont développés dans Qu’est-ce que croire ? Réponses du Notre Père, Labor et Fides, 2014, p. 194-213

Je ne sais pas d’où vous êtes ! Luc 13,22-30

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Lecture aux cultes des 20 et 21 août à Môtiers et Noiraigue
Luc 13,22-30 – La Bible en français courant

22 Jésus traversait villes et villages et enseignait en faisant route vers Jérusalem.

23 Quelqu’un lui demanda : « Maître, n’y a-t-il que peu de gens qui seront sauvés ? » Jésus répondit : 24 « Efforcez-vous d’entrer par la porte étroite ; car, je vous l’affirme, beaucoup essayeront d’entrer et ne le pourront pas.

25 « Quand le maître de maison se sera levé et aura fermé la porte à clé, vous vous trouverez dehors, vous vous mettrez à frapper à la porte et à dire : «Maître, ouvre-nous.»
Il vous répondra : «Je ne sais pas d’où vous êtes !»
26 Alors, vous allez lui dire : «Nous avons mangé et bu avec toi, tu as enseigné dans les rues de notre ville.»
27 Il vous dira de nouveau : «Je ne sais pas d’où vous êtes. Écartez-vous de moi, vous tous qui commettez le mal !»

28 C’est là que vous pleurerez et grincerez des dents, quand vous verrez Abraham, Isaac, Jacob et tous les prophètes dans le Royaume de Dieu et que vous serez jetés dehors ! 29 Des hommes viendront de l’est et de l’ouest, du nord et du sud et prendront place à table dans le Royaume de Dieu. 30 Et alors, certains de ceux qui sont maintenant les derniers seront les premiers et d’autres qui sont maintenant les premiers seront les derniers. »

Mon Dieu, je t’appelle, mais tu ne réponds pas – Job 30,20-26

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Lecture aux cultes des 20 et 21 août à Môtiers et Noiraigue
Job 30,20-26 – La Bible en français courant

20 Mon Dieu, je t’appelle, mais tu ne réponds pas ;
je me tiens devant toi, mais ton regard me perce.
21 Te voilà devenu cruel à mon égard,
tu mets toute ta force à t’acharner sur moi.

22 Tu m’emportes au grand galop avec le vent,
et la tempête me secoue dans tous les sens.
23 Je le sais bien, tu me ramènes chez la mort,
ce lieu de rendez-vous fixé à tout vivant.
24 Mais quand tout est ruiné, ne tend-on pas la main ?
Dans la détresse, n’appelle-t-on pas à l’aide ?

25 N’ai-je pas pleuré sur ceux que la vie malmène ?
Le sort des malheureux m’a toujours tourmenté !
26 J’espérais du bonheur, mais j’ai eu le malheur ;
j’attendais la lumière, et la nuit est venue.

Ne nous soumets pas à la tentation-prière d’intercession

Prière d’intercession des cultes des 13 et 14 août 2016

En lien avec le thème de la tentation , prions avec ce texte qui est un écho aux 10 commandements appelés ici les 10 paroles :

Père des dix paroles, nous tournons vers toi notre prière

Accompagne notre marche au désert et délivre-nous de la tentation de nous délivrer nous-mêmes!

Quand demain, nous serons perdus dans nos choix, redis-nous que seule ta tendresse est le terreau de notre liberté!

Quand demain, nous serons fascinés par le miroir sans fin des images de nous-mêmes, entraîne notre regard au discernement de l’invisible qui fonde les êtres et le monde!

Quand demain, nous manipulerons ton nom pour asseoir nos positions, rappelle-nous que tu es un Dieu du voyage dont le nom ne se prononce pas!

Quand demain, nous oublierons le goût de la halte, apaise nos pas et redonne-nous la mémoire du septième jour!

Quand demain, nous serons habités par le désir d’être autre, rends-nous à la joie d’être nous-mêmes !

Père des dix paroles, il est temps de conjuguer nos vies aux dix temps de ta liberté!

Nous tournons vers toi notre prière, accompagne notre marche au désert!

Quand demain, nous serons en difficulté avec nos parents, ne nous laisse pas oublier qu’ils sont la racine par où notre vie a passé!

Quand demain, la violence barrera l’horizon et qu’autrui nous sera intolérable, creuse dans notre impossible le possible de ta paix!

Quand demain, notre amour s’étiolera et que nous vivrons dans d’autres rêves, renouvelle en nous la vie d’où monte tout élan vers l’autre!

Quand demain, nous viendra l’envie de la possession et du rapt, dessine en nous ton amour qui vit d’être donné!

Quand demain, nous serons tentés d’accabler autrui pour nous sauver, sur la peur et le mensonge, découpe en nous l’audace de la vérité!

Quand demain, nous serons habités par le désir d’être autre, rends-nous à la joie d’être nous-mêmes !

Père des dix paroles, il est temps de conjuguer nos vies aux dix temps de ta liberté!

Nous tournons vers toi notre prière, accompagne notre marche au désert!

Amen.

Prière tirée du liturgiciel de l’EERV

Et ne nous soumets pas à la tentation-cultes des 13 et 14 août 2016

13 août 2016, Môtiers 17h30 – 14 août 2016, Fleurier 10h

Prédication de Patrick Schlüter à télécharger en pdf

Série de cultes d’été sur le « Notre Père »

Lecture de la Bible :

Matthieu 4, 1-11

Prédication sur « Et ne nous soumets pas à la tentation »

« Et ne nous soumets pas à la tentation… »

Je ne me suis jamais beaucoup arrêté sur cette demande du Notre Père, car je l’ai toujours associée à la suite : « mais délivre-nous du mal » qui me semblait en être la conséquence logique. Demander que Dieu nous délivre du mal, c’est un désir que nous portons tous en nous. Le signe en creux de ce désir, c’est d’ailleurs le questionnement que nous pose le mal face à la présence et à l’amour de Dieu. Mais cela, c’est pour le week-end prochain !

Le découpage du Notre Père que nous suivons pour cette série de cultes nous propose de nous arrêter sur ces mots : « et ne soumets pas à la tentation ». C’est la seule demande en négation du Notre Père. Quand on prend le temps de s’arrêter à cette demande, voici que nouvelles questions surgissent, tout aussi difficiles que la question du mal : qui est l’auteur de la tentation ? Est-ce Dieu ? Est-ce le diable ? Est-ce notre condition humaine ?

D’ailleurs, l’ancienne version du Notre Père disait : « Ne nous induis pas en tentation ». Cette question est présente dans plusieurs textes bibliques avec des visions différentes. Nous pouvons penser par exemple à l’histoire de Job. Cette même question se retrouve dans le début du récit de la tentation de Jésus : Jésus est emmené par l’Esprit Saint dans le désert pour y être tenté par le diable.

Il y a là un mystère qui est celui du mal que nous devons admettre. Il est possible de réfléchir longtemps sur cette question de l’origine du mal, mais nous risquons d’y tourner en rond. La Bible et la prière du Notre Père nous disent que le seul lieu de ce débat, c’est la prière, la relation à Dieu dans laquelle nous pouvons lui poser cette question comme le font de nombreux psaumes.

Jusqu’à ces mots « Et ne nous soumets pas à la tentation, il y a dans le Notre Père une dynamique positive : le règne et la volonté de Dieu, le pardon à vivre et à recevoir. Ces mots « Et ne soumets pas à la tentation » marquent comme un temps d’arrêt qui nous invite à prendre au sérieux tous les aspects de notre vie.

Quand je prie « Et ne nous soumets pas à la tentation », je reconnais devant Dieu, avec tous ceux et celles qui prient le Notre Père, que ma vie est marquée par l’épreuve, la tentation, la faiblesse et les questions.

En priant, je demande à Dieu de venir y habiter. Je le laisse prendre sa place dans ma vie comme elle est et je reconnais mon besoin de lui.

C’est le Dieu Père que je prie. Par son accueil et sa présence, l’épreuve peut prendre sens, la tentation peut être occasion de grandir. Je ne peux dire cela que dans la prière en accueillant sa présence et en prenant au sérieux ce que je vis. En priant au pluriel, je me place dans la communauté des chrétiens qui dit son attente de Dieu. Je me place aussi dans la communauté des humains dont la vie est marquée par le mal et la tentation d’y succomber.

Par la prière, c’est aussi Jésus-Christ qui est présent, lui qui a partagé notre humanité. En priant le Notre Père, nous prions avec le Christ qui est avec nous dans nos épreuves et nos tentations.

Mais la tentation, qu’est-ce que c’est ?

Souvent, nous pensons aux tentations gourmandes – c’est ce que je me suis dit quand j’ai mangé du chocolat en préparant ce message ! Il y a aussi les tentations morales. Tout cela fait partie de la tentation, mais la tentation fondamentale, c’est d’abord de vouloir faire sans Dieu, par ses propres forces, parfois même avec de très bonnes intentions !

Quel mal y aurait-il à ce Jésus change les pierres en pain ? Il pourrait manger sans déranger personne. Après tout, il a de quoi avoir faim ! C’est la satisfaction de son besoin immédiat, mais ce serait sacrifier d’autres besoins ! Ce serait ici se couper de la confiance en Dieu.

Le récit de la tentation de Jésus met en évidence des obstacles pour la foi : la réalisation du désir immédiat, la tentation du pouvoir pour le plaisir de dominer, la tentation de faire de la foi une démonstration de force, la tentation de vouloir faire advenir le royaume de Dieu par ses propres forces sans compter sur Dieu.

Ces tentations restent les nôtres aujourd’hui : nous sommes dans un monde qui aiment que les désirs soient satisfaits et si possible immédiatement. Il nous est difficile aussi de freiner notre consommation malgré les conséquences qu’elle a sur la planète et sur d’autres humains.

Aujourd’hui, avec la peur des attentats, je crois que nous sommes aussi tentés de construire des murs pour satisfaire notre besoin de sécurité, mais est-ce que nous ne risquons pas ainsi de faire du monde une prison pour d’autres et aussi finalement pour nous-mêmes ?

Une autre tentation est de prendre sur soi toutes les souffrances et de sombrer, à choix, dans le désespoir, le cynisme ou l’épuisement à vouloir tout résoudre par ses propres forces !

Face à ces tentations, Jésus nous invite à prier son Père avec lui : « Et ne soumets pas à la tentation ». Il nous invite ainsi à la fidélité de chaque jour, à demander à Dieu de venir habiter nos épreuves et nos combats, réorienter sans cesse notre regard, car nous risquons sans lui d’être aveuglés.

Par la prière, nous pouvons laisser le règne de Dieu agir, habiter nos épreuves et nos tentations et ouvrir notre regard sur l’action de Dieu dans le monde qui agit à sa manière qui est celle du Christ.

C’est à la fidélité, à la persévérance de la foi que Jésus invite, non pas par ses propres forces, mais en reconnaissant sa faiblesse pour que Dieu y habite.

Cela se passe par la prière et cela m’engage parce Dieu s’engage le premier. Prier face au mal et à la tentation, c’est sortir de l’impasse dans laquelle le mal nous place parfois. Impasse quand nous interrogeons face à lui en se demandant « mais qu’est-ce que j’ai fait pour mériter cela ? » ou quand nous déplorons nos échecs. Prier, c’est permettre au pouvoir libérateur de Dieu de jouer son rôle dans nos vies et dans le monde. C’est accepter que Dieu agisse à sa manière et non à la nôtre.

C’est le chemin qui est tracé par le Christ qui nous invite à prier son Père avec lui :

« Et ne nous soumets pas à la tentation, mais délivre-nous du mal, car c’est à toi qu’appartiennent le Règne, la puissance et la gloire aux siècles des siècles. »

Amen.

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