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« Jésus ressuscité! », le fil auquel s’accroche notre foi – Luc 24,13-35

Lecture au culte du Matin de Pâques, Travers, le 21 avril 2019

Le même jour (de la résurrection de Jésus), deux disciples faisaient route vers un village appelé Emmaüs, à deux heures de marche de Jérusalem, et ils parlaient entre eux de tout ce qui s’était passé. Or, tandis qu’ils s’entretenaient et s’interrogeaient, Jésus lui-même s’approcha, et il marchait avec eux. Mais leurs yeux étaient empêchés de le reconnaître. Jésus leur dit :« De quoi discutez-vous en marchant ? » Alors, ils s’arrêtèrent, tout tristes. L’un des deux, nommé Cléophas, lui répondit : « Tu es bien le seul étranger résidant à Jérusalem qui ignore les événements de ces jours-ci. » Il leur dit : « Quels événements ? » Ils lui répondirent : « Ce qui est arrivé à Jésus de Nazareth, cet homme qui était un prophète puissant par ses actes et ses paroles devant Dieu et devant tout le peuple : comment les grands prêtres et nos chefs l’ont livré, ils l’ont fait condamner à mort et ils l’ont crucifié. Nous, nous espérions que c’était lui qui allait délivrer Israël. Mais avec tout cela, voici déjà le troisième jour qui passe depuis que c’est arrivé. À vrai dire, des femmes de notre groupe nous ont remplis de stupeur. Quand, dès l’aurore, elles sont allées au tombeau, elles n’ont pas trouvé son corps ; elles sont venues nous dire qu’elles avaient même eu une vision : des anges, qui disaient qu’il est vivant. Quelques-uns de nos compagnons sont allés au tombeau, et ils ont trouvé les choses comme les femmes l’avaient dit ; mais lui, ils ne l’ont pas vu. »

Jésus leur dit alors : « Esprits sans intelligence ! Comme votre cœur est lent à croire tout ce que les prophètes ont dit ! Ne fallait-il pas que le Christ souffrît cela pour entrer dans sa gloire ? » Et, partant de Moïse et de tous les Prophètes, il leur interpréta, dans toute l’Écriture, ce qui le concernait. Quand ils approchèrent du village où ils se rendaient, Jésus fit semblant d’aller plus loin. Mais ils s’efforcèrent de le retenir : « Reste avec nous, car le soir approche et déjà le jour baisse. » Il entra donc pour rester avec eux. Quand il fut à table avec eux, ayant pris le pain, il prononça la bénédiction et, l’ayant rompu, il le leur donna. Alors leurs yeux s’ouvrirent, et ils le reconnurent, mais il disparut à leurs regards.

Ils se dirent l’un à l’autre : « Notre cœur n’était-il pas brûlant en nous, tandis qu’il nous parlait sur la route et nous ouvrait les Écritures ? » À l’instant même, ils se levèrent et retournèrent à Jérusalem. Ils y trouvèrent réunis les onze Apôtres et leurs compagnons, qui leur dirent : « Le Seigneur est réellement ressuscité : il est apparu à Simon-Pierre. » À leur tour, ils racontaient ce qui s’était passé sur la route,
et comment le Seigneur s’était fait reconnaître par eux à la fraction du pain.

« Jésus ressuscité! », le fil auquel s’accroche notre foi – Prédication du Matin de Pâques, 21 mars 2019

Matin de Pâques, Travers, 21 avril 2019 – avec deux baptêmes

Pélerins d'Emmaüs - Rembrandt

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Qu’on y croie ou non, et entre les deux qu’on se pose beaucoup de questions, si Jésus n’était pas ressuscité au matin de Pâques, nous ne serions pas ici rassemblés ce matin ! La vie de Jésus, dans toute sa richesse, jusqu’à sa mort, et tout le succès qu’il souleva de son vivant, tout cela aurait été enfoui dans la poussière de l’Histoire du monde, comme l’ont été les destins de beaucoup de héros. Or, si nous sommes ici rassemblés ce matin, c’est que nous tenons à ce fil comme l’alpiniste à son cable : ce fil, c’est cette affirmation : « Jésus est ressuscité ! Il est vraiment ressuscité ! »

Nous avons célébré les baptêmes de Olivia et Evan. Là aussi, ce qu’ils ont reçu, même sans le comprendre aujourd’hui, c’est ce cadeau d’entrer dans la famille des sœurs et des frères de Jésus. Une famille dont Dieu est le Père et qui nous donne une vie qui dépasse notre vie « humaine » en intensité et en durée : elle passera notre mort et notre finitude, elle entrera dans un nouvel espace-temps. Mais voilà que je parle comme un pseudo-scientifique, alors que ce n’est pas ici le temps de le faire !

Dans le récit de l’Evangile que nous avons entendu, nous voyons deux hommes qui retournent chez eux, ayant vécu les événements terribles de l’arrestation et la mort de ce Jésus dont ils sont les disciples. Ils ont eu beau l’écouter avec leurs oreilles et leur cœur ouverts, sa mort a détruit en eux leur confiance et leur espérance. Quand Jésus les rejoint, ils ne le reconnaissent pas, tellement ils ne s’attendent pas à lui. Leur tristesse est si grande ! Il faut que Jésus leur demande de raconter leur situation pour qu’ils évoquent, du bout des lèvres, l’éventualité de la résurrection de leur Maître. « Des femmes ont vu le tombeau vide et des anges leur ont dit qu’il était vivant ». Le témoignage des femmes, à cette époque, ne vaut pas grand-chose. Et puis, des anges leur ont parlé. Ça ne pèse pas lourd à côté des autres disciples-mâles qui, eux, n’ont rien vu d’autre que le tombeau vide. Cette attitude des deux disciples d’Emmaüs, comme on les nomme, est très proche de la nôtre : combien de fois avons-nous besoin de voir pour croire, même sur des sujets non-religieux ? Nous avons besoin de preuves concrètes, d’autant plus que la situation nous parait improbable.

Ils n’auront pas de preuve, ces deux disciples, mais deux signes qui les toucheront et leur ouvriront les yeux et le cœur : tout d’abord, Jésus leur parlera de ce qui est écrit à son sujet dans la Bible d’alors, qui contient alors ce que nous appelons l’Ancien Testament. Ils connaissent ces textes, mais Jésus les rendra vivants en les leur rappelant. Et comme il a incarné dans sa vie ce qui était écrit sur lui, Jésus fera naître en eux cette chaleur qu’ils comprendront ensuite. Ensuite, réunis autour de la table, c’est en voyant l’inconnu partager le pain que leurs yeux s’ouvrent, à la fois les yeux de leur foi et leurs yeux naturels : les yeux de leur foi reconnaissent en l’inconnu Jésus ressuscité ; leurs yeux naturels constatent qu’en même temps, Jésus disparait de leur vue. Transportés de joie, ils iront témoigner de ce qu’ils ont vécu auprès des autres disciples. Nous sommes au  début du fil qui conduit jusqu’à notre réunion d’aujourd’hui.

Ce témoignage auquel les chrétiens s’accrochent, il leur coûtera la vie lors des périodes de persécutions. Ce témoignage de Jésus ressuscité – et donc que ce qu’il a dit et fait nous concernent aujourd’hui encore –ce témoignage ne fait pas de nous des saints, des purs, des meilleurs que les autres. Au contraire ! Ce témoignage doit nous rendre d’autant plus humbles que nous avons reçu ce cadeau sans le mériter, sans le découvrir par nos efforts ou notre raison. Être témoin de Jésus ressuscité est une force mise au service de l’amour qui anima Jésus et qu’il nous a donné. C’est un cadeau immense et une immense responsabilité. Dans ce temps présent où, plus que jamais, les chrétiens sont appelés à vivre ce qu’ils croient, à être et non paraître, Jésus ressuscité chemine à nos côtés pour ouvrir nos cœurs et nos yeux. Pour nous dévoiler de quel amour nous sommes aimés, nous et ceux qui nous sont confiés.       Amen.

Pourquoi cherchez-vous le vivant parmi les morts? – Prédication de l’aube de Pâques, 21 avril 2019

la-resurrection

21 avril 2019, Môtiers 6h, Aube de Pâques

 Prédication de Patrick Schlüter

Pour télécharger le texte de la prédication, cliquer ici

Textes bibliques :

Prédication sur « Pourquoi cherchez-vous le vivant parmi les morts ? »

« Pourquoi cherchez-vous le vivant parmi les morts ? Il n’est pas ici, il est ressuscité. »

Ces mots adressés aux femmes sont pour nous aujourd’hui. Que sommes-nous venus chercher en ce matin de Pâques ?

Peu importe, c’est une rencontre renouvelée que Jésus ressuscité nous offre, un mouvement de vie qui vient briser tous nos enfermements, toutes nos logiques où parfois nous enfermons Dieu.

« Pourquoi cherchez-vous le vivant parmi les morts ? Il n’est pas ici, il est ressuscité. »

Ces mots sont pour nous, les chrétiens et l’Eglise d’aujourd’hui. Parfois, nous sommes comme les disciples encore réunis malgré la mort de leur maître. Nous sommes attachés à notre Église, à notre foi. Nous vivons dans le regret du passé. Face au changement, nous regrettons le temps où l’Église avait plus de moyens, plus de membres. Nous nous souvenons avec nostalgie des temps forts vécus dans notre foi. Et nous venons à l’Eglise attachés à une cause que nous efforçons de faire vivre comme nous le pouvons. Cet effort est louable et il a de la valeur, mais il a besoin d’être visité par le Ressuscité, sinon ce n’est qu’un effort humain qui ne peut que dépérir et mourir.

« Pourquoi cherchez-vous le vivant parmi les morts ? Il n’est pas ici, il est ressuscité. »

Voilà que les femmes ne trouvent pas ce qu’elles étaient venues chercher. Quelle déception de plus ! Voilà que ce qui semble possible à vues humaines est dépassé. Ce que les femmes n’avaient même pas imaginé se produit : « Il n’est pas ici, il est ressuscité. »

Les anges les invitent à se souvenir, à réactiver en elles la mémoire de ce que Jésus avait dit, à laisser vivre en elles le potentiel de vie qu’il y a en ce Jésus qu’elles avaient suivi.

Toi aussi, rappelle-toi ton vécu avec le Christ, la Bonne Nouvelle, de sa présence qui accueille, de ses gestes d’amour. Souviens-toi du regard nouveau que sa présence donne sur le monde, sur la vie, sur les autres et sur toi-même. Oui, souviens-toi. Le Christ ressuscité t’attend et veut renouveler cet élan de vie dans une nouvelle histoire de rencontre.

Et même si tu n’as pas de souvenirs, ou plutôt pas encore, peu importe, le possible de vie du Christ est là pour commencer avec toi une nouvelle histoire, pour t’offrir un nouveau regard sur la vie, un regard ouvert et large qui voit au-delà de toutes les apparences pour redonner à chacun son visage d’enfant de Dieu.

Qui que nous soyons, cette nouvelle de la résurrection est pour nous. C’est une invitation à rencontrer le Vivant pour nous aussi devenir des vivants dont le regard va plus loin que les apparences pour accueillir et aimer.

La rencontre avec le ressuscité est différente pour chacun. Nous avons tous notre propre rythme : le Ressuscité veut nous rencontrer personnellement.

« Pourquoi cherchons-nous le vivant parmi les morts ? Il n’est pas ici, il est ressuscité. »

Heureusement qu’il y a les femmes pour nous entraîner à la rencontre du ressuscité. Elles se souviennent des paroles de Jésus et elles croient au possible de Dieu. Elles s’empressent d’aller vers les disciples pour partager cette Bonne Nouvelle.

« Pourquoi cherchez-vous le vivant parmi les morts ? »

Ces mots sont pour les disciples, mais ils n’en veulent pas. Les disciples ne s’attendent pas à recevoir ce message de la part des femmes. D’ailleurs, cela leur semble complètement délirant. Ils savent bien, les disciples, ce qu’est la mort. Elles délirent, ces femmes. Les disciples ne cherchent même pas à comprendre. Ils ne recherchent même pas le Vivant que ce soit parmi les morts ou ailleurs.

Et nous, chrétiens d’aujourd’hui, cherchons-nous encore le Vivant ? Sommes-nous au moins prêts à nous mettre en route comme Pierre ?

Pierre est comme les disciples, mais au moins il cherche, lui ! Et même avec énergie : il court ! Il commence à chercher parmi les morts, au tombeau, mais il ne peut que s’étonner de trouver les traces du Ressuscité. Il ne reste que les linges où le corps était enveloppé. Pierre rentre ensuite chez lui

« Pourquoi, Pierre, cherches-tu encore le Vivant parmi les morts ? »

L’histoire de la rencontre de Pierre avec le Christ ressuscité n’est pas racontée. La Bible l’évoque à 2 reprises :

  • Plus loin dans l’évangile de Luc, les disciples diront aux 2 compagnons d’Emmaüs, comme si le témoignage des femmes ne suffisait pas : « Le Seigneur est réellement ressuscité, et il est apparu à Simon »
  • Dans la lettre aux Corinthiens, l’apôtre Paul, oubliant lui aussi les femmes, dit : « il est ressuscité le troisième jour, selon les Écritures; et il est apparu à Pierre, puis aux douze. »

Mais n’allons pas trop vite, revenons à Pierre, rentré chez lui, étonné de ce qu’il avait vu au tombeau, mais sans pouvoir y croire.

A la fin de notre récit, il y a donc l’histoire d’une rencontre à vivre, pour Pierre et pour nous : celle de la rencontre avec Jésus ressuscité qui fait éclater toutes les fatalités du monde et de nos vies pour que nous puissions dire un jour, avec les femmes, premières messagères de la résurrection :

« Je ne cherche plus le Vivant parmi les morts. Il est ressuscité, Il est ici, vivant parmi nous, présent à chacun de nos carrefours de vie, au gré de la rencontre avec un inconnu. J’ai besoin de lui pour m’appeler sans cesse à sortir de mes chemins de mort. J’ai besoin de son souffle de vie pour raviver le souvenir de ses paroles, uniques et libératrices. »

Christ est ressuscité. Il est le Vivant.

Amen.

Le repas du Seigneur selon l’Evangile de Jean – Jean 15,1-15

Lectures bibliques au culte de Jeudi Saint, le 18 avril 2019 à La Côte-aux-Fées

Lecture du Psaume 116, 12-13, 15-16ac, 17-18

Comment rendrai-je au Seigneur tout le bien qu’il m’a fait ? J’élèverai la coupe du salut, j’invoquerai le nom du Seigneur. Il en coûte au Seigneur de voir mourir les siens ! Ne suis-je pas, Seigneur, ton serviteur, moi, dont tu brisas les chaînes ? Je t’offrirai le sacrifice d’action de grâce, j’invoquerai le nom du Seigneur.
Je tiendrai mes promesses au Seigneur, oui, devant tout son peuple.

 

Lecture dans l’Évangile selon Jean 13, 1-15

Avant la fête de la Pâque, sachant que l’heure était venue pour lui de passer de ce monde à son Père, Jésus, ayant aimé les siens qui étaient dans le monde, les aima jusqu’au bout.

Au cours du repas, alors que le diable a déjà mis dans le cœur de Judas, fils de Simon l’Iscariote, l’intention de le livrer, Jésus, sachant que le Père a tout remis entre ses mains, qu’il est sorti de Dieu et qu’il s’en va vers Dieu, se lève de table, dépose son vêtement, et prend un linge qu’il se noue à la ceinture; puis il verse de l’eau dans un bassin. Alors il se mit à laver les pieds des disciples et à les essuyer avec le linge qu’il avait à la ceinture.

Il arrive donc à Simon-Pierre, qui lui dit : « C’est toi, Seigneur, qui me laves les pieds ? » Jésus lui répondit : « Ce que je veux faire, tu ne le sais pas maintenant ; plus tard tu comprendras. » Pierre lui dit : « Tu ne me laveras pas les pieds ; non, jamais ! » Jésus lui répondit : « Si je ne te lave pas, tu n’auras pas de part avec moi. » Simon-Pierre lui dit : « Alors, Seigneur, pas seulement les pieds, mais aussi les mains et la tête ! » Jésus lui dit : « Quand on vient de prendre un bain, on n’a pas besoin de se laver, sinon les pieds : on est pur tout entier. Vous-mêmes, vous êtes purs, mais non pas tous. » Il savait bien qui allait le livrer ; et c’est pourquoi il disait : « Vous n’êtes pas tous purs. »

Quand il leur eut lavé les pieds, il reprit son vêtement, se remit à table et leur dit : « Comprenez-vous ce que je viens de faire pour vous ? Vous m’appelez “Maître” et “Seigneur”, et vous avez raison, car vraiment je le suis. Si donc moi, le Seigneur et le Maître, je vous ai lavé les pieds, vous aussi, vous devez vous laver les pieds les uns aux autres. C’est un exemple que je vous ai donné afin que vous fassiez, vous aussi, comme j’ai fait pour vous. »

Le repas du Seigneur selon l’évangile de Jean – prédication de Jeudi Saint, 18 avril 2019

18 avril 2019, La Côte-aux-Fées, Jeudi-Saint

Jeudi saint selon Jean

Les lectures bibliques en pdf

La prédication en pdf

Avant de vous livrer un texte méditatif*, j’aimerais vous livrer trois remarques sur le texte de Jean : d’abord, le lavement des pieds a lieu au cours du repas. Ce n’est pas ce geste d’hospitalité qu’un esclave ou un serviteur donnait à l’invité qui arrivait. Ensuite, j’aime Pierre le disciple réactif ! Il dit tout haut ce que d’autres pensent en eux-mêmes (Pierre n’est pas le premier dont Jésus s’approche pour lui laver les pieds). Son côté « volcanique » permet à Jésus de préciser pour tous sa pensée. Enfin, nous voyons que Judas fait partie du groupe. C’est dire que les disciples sont faillibles. La plus haute vocation se conjugue avec la plus infâme trahison. Hier comme aujourd’hui.

Il suffit de contempler Jésus lavant les pieds de ses disciples pour être bouleversé par son humilité d’amour et avoir envie de l’imiter. Mais notre méditation doit nous permettre de voir plus profondément pourquoi saint Jean commence son récit de la Passion par cet épisode. Nous sommes tentés d’aller tout de suite à la recommandation finale parce qu’il est question d’agir : « Je vous ai donné l’exemple pour que vous agissiez comme j’ai agi envers vous. » Pourtant, le bon cheminement c’est de méditer d’abord ce que Jésus dit à Pierre : « Si je ne te lave pas, tu n’auras pas de part avec moi. »

« Laver » a évidemment un sens matériel mais aussi le sens spirituel, symbolique, d’une purification plus secrète et totale. C’est ce qu’on dira du baptême qui nous « donne part avec le Christ » en nous plongeant dans sa mort et sa résurrection : « Celui qui s’est baigné est entièrement pur. » Ne voyant que le geste, Pierre proteste : « Me laver les pieds ? Non ! » Comme il s’était rebellé quand Jésus avait parlé de mourir : « Toi, mourir ? Non ! » Sans réagir aussi violemment, nous avons, nous aussi, des « non ». Nous écartons ce qui nous gêne dans les gestes et les paroles de Jésus, ou bien nous ne les creusons pas assez.

Ici, « prendre part » doit nous aider à comprendre le lavement des pieds comme signe. Jésus nous demande d’entrer avec lui dans toute la pureté de son amour. Un amour si vrai, si puissant, qu’il a sauvé le monde. Il faut, pour cela, descendre jusqu’au plus humble service. L’orgueil empoisonne l’amour, l’humilité sauve l’amour. Mais quelle humilité ? L’évangéliste nous avertit : « Jésus, qui avait aimé les siens, les aima à l’extrême. » Si l’on ne voit pas bien cet extrême, on prendra le lavement des pieds pour un simple geste d’humilité un peu spectaculaire. Non, l’extrême commence ici : le Seigneur de gloire (« Le Père de gloire a tout remis entre ses mains, il vient de Dieu et retourne à Dieu »), ce Seigneur commence un « service » qui va le conduire jusqu’à la mort. Un mystère d’abaissement autant que de souffrance : « On se moquera de lui, on crachera sur lui. » nous rappelle l’Evangile de Marc. Dès le premier pas vers cette Passion le service est lié à l’humiliation. C’est nous dire que non seulement servir ne ternit aucune gloire mais que seul le service humble va à l’extrême de l’amour.

Leçon difficile. Ce qu’on pouvait prendre pour un geste assez imitable est en réalité l’acte d’un amour qui s’incarne dans un service sans limites. Le lavement des pieds engage une logique du don de soi poussée par le Christ jusqu’aux pires souffrances à et la mort. Si nous ne demandons pas d’avoir « part au Christ » pour qu’il nous lave de tout orgueil et nous communique sa force d’aimer, nous rendrons volontiers de menus service mais nous n’entrerons pas dans une vie de service. Car c’est bien de cela qu’il s’agit. Nous pouvons maintenant relire les derniers mots de ce texte en mesurant tout leur poids : « Je vous ai donné l’exemple. » Voyant jusqu’où Jésus est allé, nous savons où nous devons aller avec lui. Le geste inaugural de la Passion symbolise un amour qui doit nous jeter en pensée aux pieds de nos frères et de nos sœurs et nous pousser aux actes concrets, aux engagement coûteux. « Je vous ai donné l’exemple » par du lavement des pieds mais montre déjà la croix.

*  André Sève

S’ils se taisent, les pierres crieront – prédication des 13-14 avril 2019

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Culte des Rameaux, 13 avril 2019 – Môtiers, 14 avril 2019 – Les Verrières

Lien pour ouvrir le texte de la prédication en format pdf

Lecture de la Bible

Zacharie 9,9-10
Luc 19,29-40

Prédication de David Allisson

Vous avez remarqué ? Le texte des Rameaux, dans l’évangile selon Luc, il ne parle pas une seule fois de… Rameaux !

Si la tradition de l’Église avait nommé l’entrée de Jésus à Jérusalem en suivant l’évangile de Luc, cela aurait été rock’n’roll : pas tout à fait les rolling stones, mais quand même les pierres qui crient !

En fait de rock’n’roll, c’est une peu comme ça que ça commence, cette histoire. Jésus fait ses caprices de star : allez me chercher une monture, un âne qui n’a jamais servi. Je ne me contenterai pas d’un véhicule d’occasion. C’est le jour de mon triomphe, après tout !

C’est un peu Jésus Christ superstar : les disciples crient : « Que Dieu bénisse le roi qui vient au nom du Seigneur ! Paix dans le ciel et gloire à Dieu ! »

Et ça a l’air de marcher : les quelques Pharisiens qui se trouvaient dans la foule sont impressionnés. Ils sentent que cela risque de se compliquer pour eux. Alors ils interviennent auprès de Jésus pour lui demander de calmer ses amis avant qu’il n’y ait besoin de faire intervenir le service d’ordre : « Maître, ordonne à tes disciples de se taire. »

Et voilà l’entrée en scène des pierres qui crient. Avant vendredi saint et Pâques, pour un peu, nous aurions célébré le dimanche des pierres qui crient.

« Je vous le déclare, s’ils se taisent, les pierres crieront ! »

[…]

Et ils ont fini par se taire, les disciples, vous le savez bien. Dans le calendrier liturgique, nous sommes à moins d’une semaine de vendredi saint. Et les cris de joie des disciples à la gloire de Jésus le roi envoyé au nom du Seigneur auront fait place aux insultes et aux appels au meurtre. Et si ce n’est pas au meurtre, c’est à la condamnation à mort. C’est plus officiel, mais le résultat est le même.

Avec les disciples, les habitants de Jérusalem et les passants de ce jour-là, nous sommes prêts à nous laisser impressionner et influencer. Nous voilà prêts à acclamer un roi, une star, un messie, une vedette de l’humanitaire, de l’engagement, de la guérison ou des pensées bonnes.

« Que Dieu bénisse le roi qui vient au nom du Seigneur ! Paix dans le ciel et gloire à Dieu ! »

C’est la vie que nous acclamons et nous sommes heureux d’être de la fête.

L’âne sur lequel Jésus est monté n’est pas seulement l’objet d’un caprice de star, même si un âne plutôt qu’un cheval c’est un peu faire le pauvre. Cet âne ressemble à celui sur lequel montaient les rois d’Israël pour leur sacre. Notamment dans le premier livre des Rois (1R1,32-33), Salomon qui sera le roi symbole de sagesse et de richesse avance vers son couronnement sur une mule. Et si les cris joyeux de la foule ont remplacé pour Jésus la trompette qui avait joué pour Salomon, les paroles se ressemblent : « vive le roi Salomon ! ». Et pour Jésus : « Que Dieu bénisse le roi qui vient au nom du Seigneur ! »

La mule était vue comme une monture pacifique. Les chevaux portent des guerriers ou tirent des chars de guerre. Le roi qui va vers son sacre monté sur une mule est un roi qui annonce et prépare la paix.

« Que Dieu bénisse le roi qui vient au nom du Seigneur ! Paix dans le ciel et gloire à Dieu ! »

Et on est fier de jeter son habit sous les pattes de la monture du roi de paix. Il laissera un peu de sa présence et de son aura sur les habits qu’il aura touchés, un peu comme si on avait obtenu un autographe de la star.

C’est la joie, les cris et les acclamations. Les pierres se taisent.

Et tout d’un coup, c’est le silence. Les pierres se taisent encore pour un moment.

Quelqu’un a lancé une tomate. Puis une autre qui l’éclabousse ! Et c’est une pluie de projectiles soutenus par des gestes hostiles et des insultes.

Les gardes du corps d’éparpillent. On n’entend déjà plus le silence des pierres et pas encore leurs cris.

On entend mieux les mots qui deviennent peu à peu des vociférations, de plus en plus fort jusqu’à vendredi saint : « Crucifie-le ! Crucifie-le ».

Les disciples et la foule ont crié : « Que Dieu bénisse le roi qui vient au nom du Seigneur ! Paix dans le ciel et gloire à Dieu ! »

S’ils se taisent, les pierres crieront.

[…]

Nous ne sommes pas bêtes. Nous ne nous laissons pas tromper si facilement. Chaque année, le carême revient et nous savons bien que la fête de la vie qu’est Pâques, c’est le troisième jour suite à la catastrophe.

S’ils se taisent, les pierres crieront.

Les disciples se sont tus et ce sont les clous des bourreaux qui ont fait crier les suppliciés.

Les disciples se sont tus et le roi qui venait d’entrer en ville sur une mule, sur un petit âne bien choisi, ce roi est torturé, condamné et exécuté devant des amis silencieux ou renégats.

Alors, voilà, Seigneur, les disciples se sont tus. Elle se tait souvent, Seigneur, l’Église de tes enfants.

Les pierres crieront. Elles crient déjà, les pierres.

Elles demandent la justice.

Elles demandent la vie.

Elles demandent la paix.

Les pierres crient quand des enfants sont meurtris, quand des grands maltraitent des petits.

Les pierres crient, et crions avec elles, quand une foule est visée, quand une bombe tue des civils.

Les pierres crient quand un peuple demande en Algérie une meilleure vie et un gouvernement pour le peuple au lieu d’un gouvernement qui prend le peuple à son service.

Les pierres crient quand la justice suisse punit la solidarité comme un délit.

Les pierres crient quand les jeunes dans toute l’Europe demandent que leurs gouvernants agissent pour le climat et qu’on leur répond que c’est plus compliqué que ça et qu’on a bien des problèmes à prendre en compte.

Les pierres crient avec celles et ceux qui sont meurtris par la maladie.

Les pierres crient la solitude des endeuillés qui ressentent l’absence jusqu’au fond d’eux-mêmes.

Les pierres crient l’appel à la vie que voudraient dire celles et ceux qui ne voient que des limites à leur existence et qui n’en trouvent pas le sens.

Les pierres crient et nous voulons crier avec elles, comme cette prière :

Oui, les pierres crient.

Et avec elles, nous voulons donner de la voix.

Parce que nous croyons que le mal n’est pas une fatalité.

Que toute espérance n’est pas vaine.

Et qu’en toi, Dieu, notre confiance est renouvelée.

Amen

[Les pierres crient.prière en lien avec Luc 19,40 – Diane Friedli]

Les pierres crieront – Luc 19,28-40

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Après avoir ainsi parlé, Jésus partit en tête de la foule sur le chemin qui monte à Jérusalem.
Lorsqu’il approcha de Bethfagé et de Béthanie, près de la colline appelée mont des Oliviers, il envoya en avant deux disciples : « Allez au village qui est en face, leur dit-il. Quand vous y serez arrivés, vous trouverez un petit âne attaché, sur lequel personne ne s’est jamais assis. Détachez-le et amenez-le ici. Et si quelqu’un vous demande : “Pourquoi le détachez-vous ? ”, dites-lui : “Le Seigneur en a besoin.”  »
Les envoyés partirent et trouvèrent tout comme Jésus le leur avait dit.
Pendant qu’ils détachaient l’ânon, ses propriétaires leur dirent : « Pourquoi détachez-vous cet ânon ? »
Ils répondirent : « Le Seigneur en a besoin. »
Puis ils amenèrent l’ânon à Jésus ; ils jetèrent leurs manteaux sur l’animal et y firent monter Jésus.
A mesure qu’il avançait, les gens étendaient leurs manteaux sur le chemin.
Tandis qu’il approchait de Jérusalem, par le chemin qui descend du mont des Oliviers, toute la foule des disciples, pleine de joie, se mit à louer Dieu d’une voix forte pour tous les miracles qu’ils avaient vus.
Ils disaient : « Que Dieu bénisse le roi qui vient au nom du Seigneur ! Paix dans le ciel et gloire à Dieu ! »
Quelques Pharisiens, qui se trouvaient dans la foule, dirent à Jésus : « Maître, ordonne à tes disciples de se taire. »
Jésus répondit : « Je vous le déclare, s’ils se taisent, les pierres crieront ! »
Luc 19,28-40 – La Bible en français courant